Dans Germinal (1885), la catastrophe qui détruit le Voreux n'est pas un simple accident industriel : elle est le résultat d'un acte de sabotage volontaire commis par Souvarine, personnage de nihiliste russe en exil, compagnon de chambre d'Étienne Lantier au coron.
Dans la septième et dernière partie du roman, la nuit précédant la reprise du travail après la grève, Souvarine descend secrètement dans le puits du Voreux et s'attaque méthodiquement aux boisages qui soutiennent le cuvelage — c'est-à-dire la structure en bois et en fonte qui maintient les parois du puits et isole la mine des nappes d'eau souterraines. Il scie et taille les pièces de chêne de façon à les affaiblir sans les briser immédiatement, de sorte que l'effondrement se produira sous la pression de l'exploitation, une fois les mineurs redescendus.
Zola décrit ce travail nocturne avec une précision quasi technique, caractéristique de son esthétique naturaliste : Souvarine s'acharne sur le cuvelage à la hauteur de la nappe d'eau, sachant que c'est là que la rupture sera la plus dévastatrice. L'acte n'est pas impulsif — il est le prolongement logique de la philosophie nihiliste du personnage, pour qui seule la destruction totale du monde existant peut préparer un ordre nouveau. Contrairement à Étienne, qui croit à l'organisation ouvrière et à la grève, Souvarine rejette toute réforme et toute solidarité : la catastrophe est sa réponse au capitalisme.
Le lendemain matin, quand les mineurs reprennent le travail, le cuvelage fragilisé cède progressivement sous la pression. L'eau des nappes phréatiques commence à sourdre, puis à se déverser en torrents dans les galeries. L'inondation est rapide et inexorable : le roman montre les niveaux inférieurs de la mine se remplissant les uns après les autres, coupant toute retraite à ceux qui se trouvent au fond.
Le coup de grisou — l'explosion du gaz naturel accumulé dans les galeries — survient dans ce contexte de chaos, aggravant la catastrophe. Les deux phénomènes, inondation et explosion, se combinent pour transformer le Voreux en piège mortel. Catherine Maheu et Étienne Lantier se retrouvent ainsi murés vivants dans une galerie du fond, tandis que Chaval, le rival d'Étienne, périt dans la même section.
Zola ancre la catastrophe dans une documentation précise : il s'est documenté sur les accidents miniers réels, notamment les risques liés au cuvelage et aux infiltrations d'eau dans les mines du Nord. Mais la destruction du Voreux dépasse le fait divers. La mine s'effondre sur elle-même dans une scène finale où le puits aspire les bâtiments de surface comme un gouffre — image de l'engloutissement d'un monde.
Le choix de faire de Souvarine l'agent de la catastrophe permet à Zola de complexifier le discours politique du roman : la destruction n'est pas le fruit de la colère ouvrière collective, ni de la négligence patronale seule, mais d'une idéologie radicale étrangère au mouvement ouvrier organisé. Étienne, figure du socialisme réformiste, se retrouve victime de l'acte de celui qu'il considérait comme un camarade.