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Le Misanthrope
Classicisme Prose Bac

En quoi la figure d'Éliante représente-t-elle une alternative à Célimène dans le Misanthrope de Molière ?

Questions & réponses · Molière
Claire Beaumont
4 min de lecture · 12 September 2026

Dans Le Misanthrope (1666), Molière construit un système de personnages féminins contrastés. Célimène, la jeune veuve brillante et mondaine dont Alceste — le protagoniste misanthrope — est épris, concentre sur elle l'essentiel de l'intrigue amoureuse. Éliante, sa cousine, occupe un espace scénique beaucoup plus modeste, mais ce retrait apparent est lui-même signifiant : Molière lui réserve une cohérence morale que Célimène ne possède pas.

Une lucidité sans cruauté

Éliante se distingue d'abord par sa façon d'observer le monde sans le condamner. Là où Alceste fulmine contre l'hypocrisie des salons et où Célimène s'y complaît, Éliante comprend les défauts humains sans en faire ni un motif de révolte ni une arme de salon. Au deuxième acte, lorsque Célimène se livre à ses portraits satiriques — ces médisances brillantes sur les absents qui font le délice des petits marquis —, Éliante est présente et se tient à l'écart de la joute. Son silence n'est pas complaisance : c'est une distance éthique.

Significativement, c'est à Éliante qu'est confié l'éloge de l'amour sincère au deuxième acte. Elle développe, en s'appuyant sur une paraphrase de Lucrèce, l'idée que l'amoureux transfigure les défauts de celle qu'il aime en qualités. Ce passage révèle chez elle une compréhension indulgente — et non naïve — de la passion : elle sait que l'amour aveugle, mais elle n'en tire pas matière à cynisme.

Un amour offert librement

Le contraste entre les deux femmes se noue autour de la question de la sincérité amoureuse. Célimène entretient simultanément plusieurs soupirants — Alceste, Oronte, les marquis Acaste et Clitandre — sans jamais se compromettre, jouant de l'ambiguïté pour préserver son prestige social. Éliante, au contraire, manifeste des sentiments clairs : elle éprouve de l'estime et de l'affection pour Alceste, et elle le lui signifie sans détour lorsqu'il lui propose, dans un moment de dépit, de se tourner vers elle après ses déboires avec Célimène.

Cette scène (acte IV) est révélatrice : Alceste, blessé, offre à Éliante non pas un amour véritable mais une sorte de vengeance par procuration. Éliante accepte la conversation sans se laisser instrumentaliser, et c'est finalement vers Philinte — l'ami modéré d'Alceste — qu'elle se tournera. Le dénouement confirme cette union : Philinte et Éliante forment un couple que la pièce présente implicitement comme le seul viable, précisément parce qu'il repose sur une réciprocité honnête.

Une alternative structurelle à Célimène

Éliante fonctionne dans la pièce comme un contrepoint dramaturgique. Molière oppose systématiquement les deux femmes sur les grands axes moraux de l'œuvre :

  • Sincérité contre artifice : Éliante ne ment pas sur ses sentiments ; Célimène ment par omission et par séduction permanente.
  • Retrait contre ostentation : Éliante ne cherche pas à briller ; Célimène vit pour et par le regard des autres.
  • Amour stable contre séduction instable : Éliante est capable d'un attachement durable ; Célimène prouve au dénouement — lorsque ses lettres compromettantes sont lues à voix haute — qu'elle n'a jamais engagé son cœur.

Pour autant, Éliante n'est pas une figure moralisatrice. Molière ne lui prête aucun discours de condamnation envers sa cousine. Cette retenue est essentielle : Éliante représente une voie équilibrée, éloignée aussi bien de la misanthropie intransigeante d'Alceste que de la mondanité creuse de Célimène. Elle incarne ce que la comédie classique nomme volontiers la juste mesure — une honnêteté sans rigidité, une sensibilité sans éclat.

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