Publiees en 1856, Les Contemplations de Victor Hugo forment un vaste recueil de 158 poemes que l'auteur presente lui-meme comme les memoires d'une ame
. L'ensemble est organise en six livres repartis en deux grandes parties, Autrefois (livres I a III) et Aujourd'hui (livres IV a VI), separees par la date symbolique du 4 septembre 1843, jour de la mort de Leopoldine, fille ainee du poete, noyee dans la Seine a Villequier avec son mari Charles Vacquerie.
La premiere partie evoque la jeunesse, l'eveil au monde et aux sentiments. Dans Aurore (livre I), Hugo se souvient de ses annees de college, de ses premieres lectures et de ses premieres amours. L'ame en fleur (livre II) celebre l'amour heureux, la nature printaniere et la complicite avec la femme aimee. Les luttes et les reves (livre III) elargit le regard a la societe : Hugo y denonce la misere, l'injustice et la peine de mort, annoncant l'engagement humanitaire du futur exile.
La seconde partie s'ouvre sur la rupture du deuil. Pauca meae (livre IV), au coeur du recueil, rassemble les poemes consacres a Leopoldine, parmi lesquels le celebre Demain, des l'aube, ou le pere chemine vers la tombe de sa fille. Hugo y exprime la douleur brute, la revolte contre Dieu, puis une lente acceptation. En marche (livre V) marque la reprise de la vie et le depart vers l'exil, apres le coup d'Etat de Louis-Napoleon Bonaparte en 1851, qui contraint le poete a quitter la France pour Jersey puis Guernesey.
Le dernier livre, Au bord de l'infini, prend une dimension visionnaire et mystique. Hugo y interroge la mort, le mal, Dieu et le destin de l'ame, notamment dans le long poeme final Ce que dit la bouche d'ombre, ou un spectre revele au poete les secrets de l'univers et la transmigration des ames.
Les figures centrales du recueil sont le poete lui-meme, sa fille disparue, la femme aimee et, en arriere-plan, la nature personnifiee comme confidente. Les motifs recurrents — l'ombre et la lumiere, le tombeau, l'ocean, l'enfance, le souvenir — tissent une meditation romantique sur le temps, la perte et la transcendance, faisant des Contemplations l'une des plus hautes expressions du lyrisme francais.