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L'Assommoir
Naturalisme Prose Bac

Quel rôle joue le personnage de Nana dans L'Assommoir et quel est son lien avec le reste du cycle des Rougon-Macquart ?

Questions & réponses · Émile Zola
Claire Beaumont
4 min de lecture · 13 September 2026

Dans L'Assommoir (1877), Anna Coupeau — surnommée Nana — n'est pas encore l'héroïne que Zola lui consacrera trois ans plus tard. Elle est d'abord une petite fille, puis une adolescente, observée à travers le prisme de la dégradation progressive de sa mère Gervaise, blanchisseuse dont l'ascension modeste puis la chute brutale constituent le cœur du roman. Mais même à ce stade embryonnaire, le personnage de Nana concentre plusieurs enjeux fondamentaux de la poétique naturaliste.

Une enfant façonnée par le milieu

Zola construit Nana selon le principe déterministe qui gouverne tout le cycle des Rougon-Macquart : l'individu est le produit de son hérédité et de son environnement. Née de Gervaise et de l'ouvrier chapelier Coupeau — lui-même progressivement détruit par l'alcoolisme —, Nana grandit dans un logement de la rue de la Goutte-d'Or où la misère, la violence conjugale et l'odeur de l'alambic finissent par devenir la norme. Zola montre comment une enfant ne peut que s'imprégner de ce qu'elle voit et respire au quotidien : Nana observe la déchéance de son père, les compromissions de sa mère, l'indifférence des voisins. Le milieu la forme avant même qu'elle ait pu choisir quoi que ce soit.

À mesure qu'elle approche de l'adolescence, Nana commence à échapper au foyer. Elle traîne dans la rue, se maquille, aguiche les garçons du quartier. Zola décrit avec précision cette séduction précoce et instinctive, qui n'est pas encore la prostitution calculée du roman suivant, mais déjà son annonce. La rue fonctionne ici comme un second milieu, corrupteur à sa façon, qui achève ce que le foyer a commencé.

Le symbole de la troisième génération

Dans la logique généalogique du cycle, Nana représente la troisième génération issue de la souche Rougon-Macquart, marquée par ce que Zola appelle la fissure originelle — la névrose héréditaire transmise depuis Adélaïde Fouque, dite Tante Dide, ancêtre commune de toute la famille. Si la première génération se bat pour survivre et la seconde pour s'élever, la troisième génération — celle de Nana — tend à concentrer et à amplifier les tares accumulées. L'alcoolisme de Coupeau, la faiblesse de caractère de Gervaise, la promiscuité du milieu ouvrier : tout cela converge vers Nana et prépare l'explosion à venir.

Sa disparition de L'Assommoir — elle quitte le domicile familial à la fin du roman, laissant Gervaise seule dans son naufrage — n'est pas une résolution mais une ouverture. Nana s'échappe, mais l'issue ne sera pas le salut : elle emporte avec elle tout ce que son milieu lui a transmis.

Le lien avec le roman Nana (1880)

Zola avait planifié dès l'origine de consacrer un roman entier à ce personnage. Nana, publié en 1880, reprend Anna Coupeau là où L'Assommoir la laisse : devenue courtisane de haut vol, elle ruine ses amants aristocrates et bourgeois avec la même implacabilité que l'alambic ruinait les ouvriers de la Goutte-d'Or. La trajectoire est ainsi cohérente : ce que le père détruisait avec l'alcool, la fille le détruira avec son corps — instrument de revanche inconsciente d'une classe sur une autre.

Cette continuité souligne la fonction structurelle de Nana dans L'Assommoir : elle n'est pas un personnage secondaire anecdotique, mais une charnière narrative et thématique entre deux tomes. Zola construit sous les yeux du lecteur les conditions exactes qui feront de cette petite fille de blanchisseuse une figure de destruction sociale. En ce sens, chaque scène où Nana apparaît dans L'Assommoir fonctionne comme une pièce à conviction : la preuve que rien, dans ce monde, n'arrive par hasard ou par vice individuel, mais par l'accumulation inexorable du milieu et de l'hérédité.

Une figure ambivalente

Il serait réducteur de ne voir en Nana qu'un produit passif de ses conditions. Zola lui prête déjà, dans L'Assommoir, une vitalité propre, une beauté qui attire les regards, une ruse intuitive. Ce n'est pas une victime inerte : c'est une enfant qui survit, qui s'adapte, qui utilise ce qu'elle a. Cette énergie vitale est précisément ce qui la distingue de Gervaise, incapable à terme de résister. Mais cette même énergie, faute d'éducation et de perspectives, se retournera contre la société dans Nana. L'ambivalence du personnage — à la fois victime et future prédatrice — est déjà lisible dans les scènes où Zola la montre, adolescente, au seuil de la rue et du monde adulte.

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