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L'Assommoir
Naturalisme Prose Bac Section 18 / 19

L'hérédité et le déterminisme naturaliste

Thèmes & motifs · Émile Zola
Claire Beaumont
4 min de lecture · 10 September 2026

Dans L'Assommoir (1877), Zola construit son roman autour d'une conviction scientifique empruntée aux théories de l'hérédité alors en vogue — celles du docteur Prosper Lucas et de Claude Bernard : les individus ne choisissent pas vraiment leur destin, ils le reçoivent en héritage. La thèse du roman est donc moins morale que biologique. Ce n'est pas la paresse ou le vice qui perdent Gervaise Macquart et Coupeau : ce sont des forces transmises dans le sang, activées par le milieu ouvrier parisien, qui les broient méthodiquement.

Une fatalité inscrite dans le corps avant le récit

Dès les premières pages, Zola signale discrètement que le drame est déjà joué. Gervaise est la fille d'Antoine Macquart, alcoolique et violent — un fait que le lecteur averti des Rougon-Macquart connaît, et que le roman rappelle en montrant la boiterie de l'héroïne, séquelle des brutalités paternelles. Cette infirmité physique n'est pas un détail pittoresque : elle matérialise l'hérédité, la rend visible sur le corps même avant que l'alcool ne fasse son œuvre. Du côté de Coupeau, le père est mort en tombant d'un toit — accident ou ivresse, le roman laisse le doute —, et le fils, zingueur lui aussi, reproduira exactement cette chute au chapitre IV. Le père Coupeau, qui était ivrogne, s'était tué en tombant du toit de la rue Coquenard (chap. IV) : la phrase fonctionne comme une prophétie rétrospective. En apprenant la mort passée du père juste avant la chute du fils, le lecteur comprend que l'accident n'en est pas un.

L'alambic comme figure du destin héréditaire

Le cabaret du père Colombe et son alambic occupent une place centrale dans le dispositif symbolique du roman. Zola décrit la machine à distiller comme un être vivant, monstrueux, dont les serpentins descendaient sous terre (chap. II), suggérant des racines profondes et invisibles — exactement celles de l'hérédité. L'alcool n'est pas seulement un vice social : il est le révélateur chimique d'une prédisposition transmise. Coupeau résiste d'abord, puis la chute du toit brise sa volonté et ouvre la voie à la boisson ; Gervaise, épuisée, suit. Le milieu déclenche ce que le sang contenait en puissance.

La transmission comme structure narrative

Le déterminisme structure aussi la temporalité du récit. Zola organise L'Assommoir en spirale descendante : chaque chapitre reprend les mêmes lieux — la rue, le lavoir, le cabaret —, mais dans un état de dégradation plus avancé. Ce retour des mêmes espaces mime la répétition héréditaire : les enfants de Gervaise, Nana en tête, observent, absorbent et reproduiront à leur tour. Nana voit sa mère se dégrader ; le roman suivant (Nana) montrera qu'elle a hérité non de la vertu mais de la vulnérabilité. L'hérédité chez Zola n'est jamais une punition divine : c'est un mécanisme, froid et indifférent, que le romancier observe comme un scientifique et que le lecteur doit voir fonctionner sans chercher de coupable.

Un déterminisme sans absolution ni condamnation

Ce qui distingue le traitement zolien de toute morale romantique, c'est le refus du jugement. Gervaise est travailleuse, tendre, courageuse — et elle meurt quand même dans le couloir sombre de la maison de la Goutte-d'Or. L'hérédité n'est pas une punition du vice : c'est une loi naturelle que le roman rend lisible. En faisant de chaque personnage le produit d'une généalogie et d'un environnement, Zola transforme le roman en instrument critique : si le déterminisme est réel, alors la misère ouvrière n'est pas une faute individuelle mais une condition sociale à transformer.

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