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La Chartreuse de Parme
Réalisme Prose Bac

Quelles sont les principales étapes du parcours de Fabrice del Dongo depuis Milan jusqu'à la chartreuse dans le roman de Stendhal ?

Questions & réponses · Stendhal
Claire Beaumont
5 min de lecture · 20 August 2026

Un départ fondateur : Milan et Waterloo

Fabrice del Dongo est présenté dès les premiers chapitres comme un jeune aristocrate milanais, fils d'un père pro-autrichien froid et distant, mais élevé dans l'admiration secrète de Napoléon. En 1815, à l'âge de seize ans, il décide de rejoindre l'Empereur — alors en fuite après l'île d'Elbe — sans en comprendre vraiment les enjeux politiques. Ce premier mouvement est celui de l'enthousiasme pur, presque naïf : Fabrice part non par idéal républicain, mais par romanesque personnel.

L'épisode de Waterloo (chapitres II et III) constitue l'une des scènes les plus célèbres du roman. Fabrice se retrouve au cœur de la bataille sans jamais la voir clairement : il erre parmi les soldats, ne sait pas s'il a vraiment combattu, ne distingue pas les camps avec certitude. Stendhal démythifie délibérément l'épopée napoléonienne en la montrant à hauteur d'un adolescent désorienté. Waterloo n'est pas une initiation héroïque ; c'est une initiation à l'illusion du héroïsme.

L'apprentissage amoureux et politique à Parme

De retour en Italie, Fabrice ne peut rentrer à Milan — ses sympathies bonapartistes en font un suspect aux yeux des autorités autrichiennes. Il trouve refuge auprès de sa tante, la comtesse Gina del Dongo (future duchesse Sanseverina), femme d'une intelligence et d'une vitalité exceptionnelles, qui deviendra le véritable moteur de sa destinée. Gina, éprise de son neveu d'un amour qu'elle ne s'avoue qu'à demi, use de toute son influence auprès du comte Mosca — premier ministre du prince de Parme et son amant — pour construire à Fabrice une carrière ecclésiastique.

Fabrice entre alors dans la vie de cour parmesane : il est destiné à devenir archevêque, mais cette vocation religieuse reste longtemps purement formelle. Il multiplie les aventures galantes, notamment avec la comédienne Marietta et la jeune Aniken lors de ses pérégrinations. À Naples, où il étudie la théologie, il continue de chercher moins Dieu que la passion. Ce hiatus entre la fonction et l'être traverse tout son parcours jusqu'à la retraite finale.

La Tour Farnèse : l'emprisonnement comme révélation

Le tournant décisif se produit lorsque Fabrice tue en duel Giletti, un comédien jaloux, pour défendre Marietta. Cet homicide, instrumentalisé par les ennemis politiques de la Sanseverina, lui vaut d'être condamné et incarcéré dans la Tour Farnèse — forteresse dominant Parme. L'emprisonnement, qui devrait être une catastrophe, devient paradoxalement une période d'accomplissement.

C'est depuis sa cellule en hauteur que Fabrice aperçoit pour la première fois Clélia Conti, fille du gouverneur de la forteresse. Leur amour naît dans les contraintes mêmes de la captivité : messages codés avec des alphabets de fortune, regards à travers les barreaux, communication réduite à l'essentiel. Stendhal construit ici une idée centrale du roman — la vraie liberté intérieure peut éclore dans l'espace le plus étroit. Fabrice, pour la première fois, ne cherche pas à fuir ; il résiste même aux plans d'évasion élaborés par la Sanseverina, parce que partir signifierait perdre Clélia.

L'évasion finit pourtant par avoir lieu, orchestrée par Gina dans un épisode romanesque à grand spectacle (cordes, poisons, complots), mais Fabrice en sort transformé : il a connu l'amour véritable et ne peut plus s'en détacher.

Entre deux mondes : la gloire et la perte

Après son évasion et un exil forcé, Fabrice revient à Parme dans un contexte politique reconfiguré par la mort du prince régnant. Il devient coadjuteur de l'archevêque, puis archevêque lui-même, et ses sermons attirent toute la ville — non pour leur profondeur théologique, mais parce que Clélia, désormais mariée au marquis Crescenzi, vient l'entendre en secret. Fabrice prêche pour elle seule ; la chaire devient le seul lieu où leur amour peut exister sans trahir les apparences.

Clélia, liée par un vœu fait à la Madone pendant l'emprisonnement de Fabrice, a juré de ne plus jamais le regarder. Leur relation se poursuit donc dans l'obscurité totale : ils se retrouvent la nuit, dans le noir absolu, comme si la lumière du monde réel était devenue incompatible avec cet amour. De cette liaison naît un fils, Sandrino, que Fabrice adore mais que Clélia tente de cacher à la société. La mort précoce de l'enfant brise Clélia, qui disparaît peu après.

La retraite à la chartreuse : le dépouillement final

Après la mort de Clélia et de Sandrino, Fabrice se retire à la chartreuse de Parme — monastère situé dans la région de Parme — et meurt dans l'année qui suit. Stendhal expédie cette conclusion en quelques lignes à peine, comme si le roman refusait de transformer la mort en scène. La chartreuse n'est pas un refuge consolateur : c'est le point d'aboutissement logique d'un être qui, ayant connu l'unique intensité de sa vie, n'a plus rien à chercher dans le monde.

Ce parcours — de l'élan napoléonien au silence monastique — trace une courbe caractéristique du héros stendhalien : une énergie initiale puissante, progressivement concentrée sur un seul objet jusqu'à l'épuisement de toute autre ambition. Fabrice n'est ni un saint ni un conquérant ; il est un homme qui a trouvé tard ce qui lui importait vraiment, et trop peu de temps pour le garder.

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