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Le Rouge et le Noir
Réalisme Prose Bac Section 2 / 17

Le Rouge et le Noir -- Fiche de lecture

Fiche de lecture · Stendhal
Claire Beaumont
7 min de lecture · 22 June 2026

Le récit est mené par un narrateur omniscient et extradiégétique qui intervient fréquemment dans le cours du récit pour commenter, ironiser ou prendre ses distances avec ses personnages. L'action se déroule sous la Restauration, vers 1827-1830, d'abord dans la petite ville fictive de Verrières en Franche-Comté, puis à Besançon et enfin à Paris. Le ton stendhalien mêle l'ironie satirique, l'analyse psychologique fine et un lyrisme contenu lors des grandes scènes passionnelles. Le sous-titre, Chronique de 1830, place explicitement le roman dans une visée réaliste et politique : Stendhal entend montrer comment la société de son temps broie les ambitions plébéiennes.

Livre I — Chapitres 1 à 5 : Verrières et la famille Sorel

Le roman s'ouvre sur une description de Verrières, petite ville prospère dominée par M. de Rênal, son maire ultra-royaliste, soucieux de son rang et de sa fortune. Pour faire pièce à son rival, le directeur du dépôt de mendicité Valenod, M. de Rênal décide d'engager un précepteur pour ses enfants. Son choix se porte sur Julien Sorel, fils cadet d'un charpentier brutal qui méprise ce garçon chétif et lecteur. Julien, dix-neuf ans, nourri en secret par la lecture du Mémorial de Sainte-Hélène et l'admiration de Napoléon, voit dans l'état ecclésiastique le seul moyen de s'élever dans une société où l'uniforme militaire ne mène plus à la gloire. Formé par l'abbé Chélan, il connaît par cœur le Nouveau Testament en latin. Il accepte la place chez les Rênal avec la résolution secrète de jouer un rôle et de mépriser ceux qui le paient.

Chapitres 6 à 12 : la rencontre avec Madame de Rênal

L'arrivée de Julien chez les Rênal constitue le premier tournant. Madame de Rênal, jeune femme pieuse, naïve et délaissée par un mari grossier, est d'abord soulagée de découvrir un précepteur presque enfant, timide et joli garçon, au lieu du prêtre rébarbatif qu'elle redoutait. Julien, de son côté, se promet par devoir et par orgueil de séduire cette femme du monde. La scène fondatrice est celle où, un soir sous le tilleul du jardin, il saisit la main de Madame de Rênal : il vit cet instant comme une bataille napoléonienne, tandis qu'elle s'abandonne sans le comprendre à un sentiment qu'elle n'avait jamais connu. Leur liaison naît dans cette confusion entre calcul et passion sincère. La mort du plus jeune fils, gravement malade, plonge Madame de Rênal dans le remords religieux ; elle voit dans cette épreuve un châtiment de son adultère.

Chapitres 13 à 23 : scandale et départ pour Besançon

Une lettre anonyme, probablement inspirée par Valenod éconduit, dénonce la liaison à M. de Rênal. Madame de Rênal, avec une habileté que la passion lui inspire soudain, fait croire à son mari qu'il s'agit d'une calomnie de leurs ennemis et compose elle-même une fausse lettre destinée à le détromper. Mais le scandale couve dans la petite ville. L'abbé Chélan, prudent, envoie Julien au séminaire de Besançon pour le soustraire au danger et lui ouvrir une véritable carrière ecclésiastique.

Chapitres 24 à 30 : le séminaire de Besançon

Julien découvre au séminaire un monde de jalousies, de bassesses et d'hypocrisie où ses qualités intellectuelles le desservent. Ses condisciples, fils de paysans rustres, le détestent pour sa supériorité. Seul l'abbé Pirard, janséniste austère et honnête, le protège et perçoit sa valeur. Julien apprend à dissimuler, à jouer le sot pieux et à survivre dans cet univers étouffant. Lorsque Pirard, lassé des intrigues, démissionne, il recommande Julien au marquis de La Mole, grand seigneur parisien dont il défend les intérêts. Avant son départ, Julien revient en secret une nuit à Verrières et retrouve Madame de Rênal dans sa chambre, scène brève et bouleversante qui ravive leur amour avant la séparation.

Livre II — Chapitres 1 à 7 : l'arrivée à l'hôtel de La Mole

À Paris, Julien devient secrétaire du marquis de La Mole, aristocrate intelligent et puissant. Il découvre le monde des salons, observe l'ennui qui ronge la haute société et apprend à s'y mouvoir. Le marquis, séduit par son intelligence et sa fierté, lui accorde une confiance croissante. Julien rencontre Mathilde de La Mole, la fille de la maison, jeune femme orgueilleuse, brillante et profondément ennuyée par les jeunes nobles fades qui l'entourent. Elle vénère le souvenir de son ancêtre Boniface de La Mole, décapité au XVIe siècle pour la reine Marguerite.

Chapitres 8 à 19 : la passion de Mathilde

Mathilde s'éprend de Julien parce qu'elle reconnaît en lui une énergie et un mépris des conventions qui rappellent les héros de jadis. Leur amour est un combat d'orgueils. Elle lui écrit, l'invite à la rejoindre nuitamment dans sa chambre en montant par une échelle ; il y va, persuadé d'être attiré dans un piège, pistolet à la main. Après s'être donnée à lui, Mathilde, humiliée d'avoir cédé à un roturier, le traite avec mépris, puis le rappelle, puis le rejette de nouveau. Sur les conseils du prince Korasoff, dandy russe, Julien feint de courtiser une maréchale, Madame de Fervaques, et copie pour elle des lettres d'amour préfabriquées. Cette manœuvre fait revenir Mathilde, qui se déclare vaincue.

Chapitres 20 à 34 : ascension sociale et mission secrète

Mathilde annonce à son père qu'elle est enceinte et veut épouser Julien. Le marquis, après une colère terrible, finit par céder : il achète à Julien une terre, lui donne le nom de chevalier Julien Sorel de La Vernaye et lui obtient un brevet de lieutenant de hussards. Julien, comblé, rejoint son régiment à Strasbourg, savourant l'aboutissement de son ambition. Entre-temps, il a accompli pour le marquis une mission politique secrète auprès des chefs ultras qui complotent un retour à l'ordre ancien, épisode où Stendhal peint avec ironie les conspirations légitimistes.

Chapitres 35 à 39 : la lettre de Madame de Rênal et le coup de pistolet

Le second tournant tragique survient lorsque le marquis, voulant se renseigner sur le passé de son futur gendre, écrit à Madame de Rênal. Manipulée par son confesseur, celle-ci envoie une lettre accablante qui présente Julien comme un séducteur calculateur ayant fait son chemin par les femmes. La lettre détruit tous les projets. Foudroyé, Julien part aussitôt pour Verrières, achète des pistolets, entre dans l'église pendant la messe et tire deux coups sur Madame de Rênal, qui s'effondre blessée mais vivante. Il se laisse arrêter sans résistance.

Chapitres 40 à 45 : la prison, le procès et la mort

Emprisonné à Besançon, Julien retrouve une étrange sérénité. Mathilde se démène pour le sauver, multiplie les démarches et les promesses de pots-de-vin, tandis que Madame de Rênal, qui a survécu, lui écrit qu'elle l'a toujours aimé et lui pardonne. Julien comprend alors que sa véritable passion a toujours été pour Madame de Rênal, et non pour Mathilde dont l'amour relevait de la tête et de l'orgueil. Lors de son procès, au lieu de plaider l'égarement et de sauver sa tête, il prononce un discours de défi : il déclare que son crime véritable, aux yeux des jurés bourgeois, est d'avoir voulu, en tant que paysan, sortir de sa condition. Condamné à mort, il refuse de se pourvoir en cassation. Madame de Rênal vient le visiter en prison ; ils vivent quelques jours d'un bonheur intense et désespéré. Julien est guillotiné. Mathilde, fidèle à son culte de Boniface de La Mole, recueille la tête de son amant et l'ensevelit elle-même dans une grotte des montagnes du Jura. Trois jours plus tard, Madame de Rênal meurt en embrassant ses enfants.

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