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La Princesse de Clèves
Classicisme Prose Bac Section 18 / 18

La jalousie

Thèmes & motifs · Madame de Lafayette
Claire Beaumont
4 min de lecture · 5 July 2026

Dans La Princesse de Clèves (1678), Madame de Lafayette ne traite pas la jalousie comme un simple ornement romanesque. Elle en fait le révélateur des passions que la raison ne peut contenir, la preuve que l'amour, à la cour comme ailleurs, est fondamentalement destructeur. Loin d'être un sentiment parmi d'autres, la jalousie est la passion qui démasque : elle met à nu les désirs que les personnages s'efforcent de dissimuler, et conduit chacun d'eux à sa perte.

Une jalousie née du regard et du soupçon

La jalousie s'installe dans le roman par le biais du regard et de l'interprétation. Le duc de Nemours, épris de la princesse, et M. de Clèves, son époux, sont tous deux condamnés à lire les signes d'un sentiment qu'on leur cache. Le mari observe sa femme avec une attention croissante, cherchant dans ses attitudes, ses rougeurs, ses silences, la preuve d'un attachement qu'il redoute. Madame de Lafayette insiste sur cette surveillance intérieure : c'est moins ce que les personnages voient que ce qu'ils croient voir qui les consume.

La scène du pavillon de Coulommiers est à cet égard décisive. Nemours, caché dans le jardin, observe la princesse seule, qui enroule un ruban autour d'un portrait de lui. Cette scène de voyeurisme — dont Nemours sera lui-même observé sans le savoir — institue la jalousie comme mécanique du regard dédoublé : chacun épie, chacun est épié. M. de Clèves, apprenant que Nemours a rôdé autour du pavillon, entre dans un tourment dont il ne sortira pas.

La jalousie comme maladie mortelle

Chez M. de Clèves, la jalousie prend une dimension pathologique que Lafayette souligne avec insistance. Après l'aveu de sa femme — qui lui confesse son inclination pour un autre homme sans en révéler le nom —, il est rongé non par la certitude d'une trahison, mais par le doute. Or c'est précisément ce doute que Lafayette désigne comme le plus dévastateur : il était déchiré de passion et d'incertitude. L'ignorance partielle torture davantage que la vérité. Le prince meurt de cette jalousie, littéralement : son corps succombe à ce que son esprit ne peut résoudre.

Lafayette fait ainsi de la jalousie une passion fatale au sens médical du terme — elle altère la santé, dérègle la raison et précipite la mort. Ce faisant, elle s'inscrit pleinement dans la morale classique : les passions non maîtrisées détruisent celui qui s'y abandonne.

Nemours jaloux : le désir retourné contre lui-même

Nemours n'échappe pas à cette logique. Séducteur habitué à la conquête, il découvre avec la jalousie une passion nouvelle qui le déstabilise. Quand il croit que la princesse pourrait favoriser un autre prétendant, ou lorsqu'il surprend l'intérêt qu'elle semble porter à sa réputation de galant, il ressent une inquiétude qu'il ne sait pas gérer. La jalousie révèle ici son vrai visage de passion égoïste : Nemours aime moins la princesse pour elle-même que pour la possession exclusive qu'il en désire.

La jalousie comme justification du renoncement

C'est en comprenant cette mécanique que la décision finale de Mme de Clèves prend tout son sens. Dans son ultime entretien avec Nemours, elle lui explique que l'amour, par nature, engendre la jalousie, et que la jalousie engendre la souffrance — pour soi et pour l'autre. Elle a vu mourir son mari de cette passion ; elle refuse de construire un bonheur sur les mêmes ruines. Le renoncement de la princesse n'est pas une capitulation : c'est une lucidité acquise au prix de la tragédie. La jalousie, dans La Princesse de Clèves, est la démonstration que l'amour ne peut se vivre sans se détruire.

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