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Le Jeu de l'amour et du hasard
Lumières Prose Bac

Comment le quiproquo central se résout-il à la fin du Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux ?

Questions & réponses · Marivaux
Claire Beaumont
4 min de lecture · 17 September 2026

Dans Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), Marivaux construit sa comédie sur un double travestissement symétrique : Silvia, fille de M. Orgon, se déguise en servante pour observer son futur époux à son insu, tandis que Dorante, le prétendant, a eu la même idée et se présente sous les traits de son propre valet Arlequin. Pendant trois actes, chacun croit aimer un être de condition inférieure — situation à la fois comique et troublante, qui met à l'épreuve les préjugés de classe autant que la sincérité des sentiments.

Un quiproquo maintenu jusqu'à la limite du supportable

M. Orgon, père de Silvia, est dans la confidence dès la scène d'exposition (acte I, scène 2) : il connaît le déguisement de sa fille et, lorsqu'il apprend celui de Dorante, décide de laisser la situation se développer. Cette position de surplomb crée une ironie dramatique permanente — le spectateur sait ce que les personnages ignorent — et prolonge le supplice affectif de Silvia, déchirée entre son amour naissant pour ce « valet » et la honte sociale qu'il lui inspire.

La tension atteint son comble à l'acte III, scène 6, quand Dorante, n'y tenant plus, révèle lui-même son identité à Silvia avant que les pères n'interviennent. Il lui avoue qu'il est bien le vrai Dorante et non un domestique, renonçant à tout avantage tactique pour mettre fin à son propre mensonge. Cet aveu spontané est décisif : il prouve que son amour n'est pas le fruit du calcul mais de la sincérité.

La scène de révélation et ses enjeux (acte III, scène 8)

C'est M. Orgon et le frère de Silvia, Mario, qui orchestrent la résolution finale. Ils révèlent à Silvia — déjà informée par Dorante lui-même — que le prétendu valet est bien le vrai prétendant. La jeune femme, qui le savait désormais, peut enfin congédier la honte qu'elle éprouvait à aimer un homme de rang inférieur. Mais Marivaux ne s'arrête pas là : Silvia, retorse jusqu'au bout, choisit de continuer à feindre l'indifférence afin d'arracher à Dorante une déclaration d'amour explicite, sans filet, sans certitude d'être accepté.

Ce dernier retournement est le cœur psychologique de la pièce. Silvia veut que Dorante la demande en mariage alors qu'il la croit encore servante, c'est-à-dire qu'il consente à braver l'inégalité sociale par amour pur. Lorsqu'il s'y résout — acte III, scène 8 — et prononce sa demande en mariage à celle qu'il croit être une domestique, la preuve est faite : le sentiment est sincère, non calculé, affranchi des convenances.

Ce que la résolution révèle sur la structure de la pièce

La levée du quiproquo n'est donc pas simplement un dénouement mécanique. Elle opère à trois niveaux distincts :

  • Socialement : les identités nobles reprennent leurs droits, et le mariage peut avoir lieu dans les règles de l'ordre établi — Marivaux ne remet pas en cause la hiérarchie des rangs.
  • Psychologiquement : chaque personnage a été contraint, par le déguisement de l'autre, de ressentir avant de raisonner. Le masque a paradoxalement dit la vérité du cœur.
  • Dramaturgiquement : la symétrie initiale des deux déguisements se résout en une asymétrie finale — c'est Silvia qui garde la main jusqu'au dernier instant, confirmant son rôle de figure dominante de la pièce.

Le titre prend alors tout son sens : le jeu désigne autant la comédie des masques que la stratégie affective de Silvia ; l'amour s'avère plus fort que les calculs sociaux ; et le hasard — ce double travestissement symétrique qu'aucun des deux protagonistes n'avait prévu — aura finalement garanti l'authenticité d'une union fondée non sur la naissance, mais sur l'épreuve du sentiment.

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