clairelit.fr clairelit
Progression
0 / 16
Le Jeu de l'amour et du hasard
Lumières Prose Bac

Quel est le point de départ de l'intrigue dans Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux ?

Questions & réponses · Marivaux
Claire Beaumont
3 min de lecture · 17 September 2026

La pièce s'ouvre sur une situation familiale tendue : Silvia, jeune femme de bonne famille, apprend de son père M. Orgon qu'elle doit rencontrer Dorante, un prétendant qu'on lui destine pour époux. Le mariage est arrangé, les familles se connaissent et s'estiment — rien, en apparence, ne devrait contrarier l'union. Pourtant, Silvia résiste. Non par caprice, mais par lucidité : elle a observé autour d'elle des mariages malheureux et sait que le comportement d'un homme en société peut masquer un caractère bien différent dans l'intimité du foyer.

Le stratagème de Silvia

Dès la scène d'exposition (acte I, scène 1), Silvia expose à sa femme de chambre Lisette la source de son inquiétude : les apparences sont trompeuses, et un mari peut révéler, une fois marié, un visage que personne ne lui connaissait. Pour déjouer ce risque, elle imagine un plan audacieux : échanger sa place avec Lisette. Silvia se présentera à Dorante sous les habits de la servante, tandis que Lisette jouera le rôle de la maîtresse de maison. Silvia pourra ainsi observer le prétendant à loisir, sans être elle-même observée ni jugée.

M. Orgon, le père de Silvia — personnage bienveillant et complice, à rebours du père autoritaire de la comédie classique —, accepte le jeu avec amusement. Il est d'ailleurs le seul, avec son fils Mario, à connaître l'ensemble du stratagème dès le départ, ce qui lui donne une position de spectateur privilégié à l'intérieur même de la fiction.

Le contre-stratagème de Dorante

C'est ici que l'intrigue bascule dans la symétrie parfaite qui fait le génie de la construction marivaudienne. Lorsque Dorante arrive (acte I, scène 6), il est lui aussi déguisé : il s'est présenté sous les traits de son propre valet Arlequin, laissant ce dernier jouer le rôle du maître. La raison qu'il invoque à Arlequin est exactement parallèle à celle de Silvia : il veut, lui aussi, étudier la future épouse avant de s'engager, sans que celle-ci sache qu'elle est observée.

Le quiproquo est donc doublement croisé : Silvia croit parler à un valet alors qu'elle a devant elle le vrai Dorante ; Dorante croit s'adresser à une servante alors qu'il parle à la vraie Silvia. Chacun juge l'autre depuis une position fausse, et chacun — c'est là tout le paradoxe — va tomber amoureux précisément de la personne qu'il croyait socialement inaccessible ou indigne de lui.

La logique du hasard et de la contrainte sociale

Ce point de départ n'est pas simplement un ressort comique : il met en place dès l'acte I la question centrale de la pièce, celle du conflit entre le sentiment sincère et les impératifs de la hiérarchie sociale. En se déguisant, Silvia et Dorante espèrent contrôler leur destin ; ils se retrouvent au contraire exposés à une vérité qu'ils n'avaient pas prévue — celle du désir, qui surgit là où on ne l'attendait pas. Le titre lui-même l'annonce : le jeu renvoie au stratagème volontaire, mais le hasard désigne ce qui échappe au calcul et finit par gouverner les cœurs.

Le double déguisement crée ainsi une dramaturgie de l'ironie : le spectateur sait ce que les personnages ignorent les uns des autres, et ce décalage permanent entre savoir et méconnaissance est la source à la fois du comique et de l'émotion qui traversent toute la pièce.

Quiz
Teste tes connaissances sur Le Jeu de l'amour et du hasard
QCM · corrigé automatiquement
Commencer le quiz →
0 / 16