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Le Rouge et le Noir
Réalisme Prose Bac

Comment se termine Le Rouge et le Noir de Stendhal et pourquoi Julien Sorel refuse-t-il de se défendre lors de son procès ?

Questions & réponses · Stendhal
Claire Beaumont
4 min de lecture · 2 August 2026

Le dernier tiers du roman (livre II, chapitres 35 à 45) précipite Julien Sorel — jeune homme de condition modeste obsédé par l'ascension sociale dans la France de la Restauration — vers une fin violente et volontaire. Après avoir gravi les échelons de la société grâce à son intelligence et à ses liaisons avec Mme de Rênal, une bourgeoise de province, puis avec Mathilde de La Mole, fille d'un grand aristocrate parisien, Julien tire deux coups de pistolet sur Mme de Rênal pendant la messe de Verrières. Le geste fait suite à une lettre de dénonciation que celle-ci, sous pression de son confesseur, avait envoyée au marquis de La Mole pour ruiner la réputation de Julien. Mme de Rênal survivra ; Julien sera néanmoins arrêté et jugé pour tentative de meurtre.

Un procès transformé en réquisitoire

Julien comparaît devant un jury composé de bourgeois enrichis — exactement la classe sociale qu'il méprise et contre laquelle il s'est toujours battu. Ses avocats lui préparent une défense solide : la préméditation est discutable, la victime est en vie, et son passé brillant pourrait attendrir les jurés. Julien balaie tout cela. Dans sa prise de parole, il retourne l'accusation : il reconnaît avoir voulu tuer, mais dénonce surtout le tribunal lui-même comme l'instrument d'une classe qui ne lui pardonnera jamais d'être né pauvre et d'avoir osé rivaliser avec elle. Il déclare en substance que les jurés, qui appartiennent tous à la bourgeoisie prospère, ne voudront jamais acquitter un paysan qui a eu l'audace de s'élever au-dessus de sa condition — et que sa condamnation sera donc une vengeance sociale déguisée en justice.

Ce discours est une lucidité fatale. Julien sait pertinemment qu'en parlant ainsi il se condamne lui-même. Il ne cherche pas à vivre : il choisit de mourir en disant la vérité sur la société qui l'a formé et rejeté.

L'orgueil comme moteur ultime

Ce refus de se défendre prolonge l'une des tensions fondamentales du roman : Julien a toujours oscillé entre le calcul froid — le rouge du militaire napoléonien, le noir du prêtre ambitieux — et une fierté viscérale qui sabote ses propres plans. Tout au long du récit, chaque fois qu'il est sur le point de réussir, un accès d'orgueil ou de sincérité brusque compromet ses efforts. Au procès, cette dynamique atteint son paroxysme : la mort devient préférable à l'humiliation de supplier des hommes qu'il méprise.

Stendhal souligne également que l'emprisonnement produit chez Julien une transformation intérieure. Loin de l'agitation mondaine et de ses ambitions, il retrouve dans sa cellule une forme de sérénité et redécouvre son amour sincère pour Mme de Rênal, qui vient le rejoindre. Ces semaines de prison sont décrites comme les plus heureuses de sa vie — paradoxe qui dit beaucoup sur le prix que lui a coûté son hypocrisie sociale.

La mort de Julien et l'épilogue

Julien est guillotiné. La scène de son exécution est traitée par Stendhal avec une grande sobriété : pas de pathétique appuyé, pas de rédemption spectaculaire. Julien affronte la mort avec le même mélange de lucidité et d'orgueil qui a caractérisé toute sa vie. Mathilde de La Mole, dans un geste romantique inspiré de la légende de Boniface de La Mole (un ancêtre qu'elle vénère), recueille la tête tranchée de Julien et l'enterre elle-même — scène macabre qui dit moins l'amour que le culte de soi que Mathilde a toujours projeté sur Julien.

Mme de Rênal, elle, meurt trois jours après Julien, comme si sa survie sans lui était simplement impossible. Cette fin discrète, presque effacée, contraste avec la théâtralité de Mathilde et réhabilite rétrospectivement Mme de Rênal comme la seule figure d'amour authentique du roman.

Une fin réaliste et critique

La conclusion du Rouge et le Noir (1830) n'est pas tragique au sens classique — il n'y a pas de fatalité extérieure qui broie un héros innocent. Julien est l'artisan de sa propre destruction, et c'est précisément ce que Stendhal veut montrer : dans une société fondée sur la naissance et l'argent, un homme de talent et de basse extraction n'a pas d'issue. Soit il trahit ce qu'il est pour s'adapter, soit il s'y oppose et périt. Le procès cristallise cette impasse : Julien choisit de périr en refusant jusqu'au bout le compromis.

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