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Candide
Lumières Prose Bac Section 18 / 18

La fortune et l'argent

Thèmes & motifs · Voltaire
Claire Beaumont
4 min de lecture · 4 July 2026

Dans Candide ou l'Optimisme (1759), Voltaire fait de la fortune un instrument de démonstration philosophique. L'argent n'est jamais neutre : il circule, se perd, corrompt et se retrouve pour mieux disparaître encore, dessinant une économie narrative qui met en pièces l'idée que la Providence arrange les choses pour le mieux.

Une richesse qui conditionne l'appartenance sociale

Dès l'ouverture du conte, la condition de Candide — fils supposément illégitime élevé dans le château du baron Thunder-ten-tronckh — est étroitement liée à la hiérarchie de la fortune. Il bénéficie de l'hospitalité du baron uniquement parce qu'on lui tolère une origine obscure, et son expulsion brutale du château après le baiser échangé avec Cunégonde illustre que la générosité des puissants est toujours conditionnelle. L'argent et le rang fondent ici un ordre social fragile, prêt à se retourner au moindre écart.

L'or d'Eldorado : l'utopie de la richesse sans valeur

L'épisode d'Eldorado (chapitres XVII et XVIII) constitue le paradoxe central du motif. Dans ce royaume imaginaire, l'or et les pierres précieuses jonchent les chemins sans que personne ne les ramasse : ils sont dépourvus de toute valeur marchande. Voltaire retourne ainsi le fantasme européen de l'El Dorado — cet Eldorado que les conquistadors ont cherché au prix du sang — pour montrer que le bonheur collectif repose sur l'absence de la compétition économique, non sur l'accumulation. Pourtant, Candide choisit de partir avec des moutons chargés de ces richesses jugées inutiles là-bas, mais précieuses ailleurs. Ce départ volontaire dit l'incapacité des hommes à renoncer à la logique de la fortune, même quand l'expérience leur en révèle le vide.

La richesse comme révélateur d'hypocrisie

La trajectoire de l'or rapporté d'Eldorado est éloquente : les moutons meurent, les richesses fondent, se font voler par des marchands indélicats ou dilapider au fil des aventures. Cette érosion systématique de la fortune n'est pas un simple ressort comique ; elle sert à faire apparaître les comportements qu'engendre l'espoir du gain. Lorsque Candide est riche, il attire des parasites — dont la vieille, Cacambo et plus tard Paquette — et voit renaître autour de lui des amitiés suspectes. Voltaire cite la formule cynique que l'on prête à Pocourante ou aux interlocuteurs vénitiens : les grands de ce monde ne s'intéressent aux autres qu'en proportion de leur utilité financière. La satire vise directement la noblesse oisive et les faux philosophes qui gravitent autour de l'argent sans jamais travailler.

Le jardin contre la fortune : le travail comme seule valeur stable

La conclusion célèbre du conte — il faut cultiver notre jardin (chapitre XXX) — prend tout son sens en regard du motif économique. La petite communauté que forment Candide, Cunégonde, Pangloss et Martin à la fin du récit survit grâce au travail de la terre, non grâce à la fortune accumulée. Le jardin représente une économie du suffisant, opposée à la logique du trop : on produit ce dont on a besoin, on évite l'oisiveté qui engendre l'ennui et le vice. C'est une réponse pragmatique et matérielle — presque physiocratique — à la question du bonheur que la fortune n'a cessé de poser tout au long du conte sans jamais y répondre.

En faisant de la richesse un bien perpétuellement instable, Voltaire démontre que la fortune ne corrige ni l'injustice ni la souffrance : elle les déplace. Le vrai remède n'est pas dans la Providence optimiste de Pangloss ni dans l'accumulation de l'or, mais dans l'action concrète et modeste — seule certitude que le monde des Lumières peut offrir.

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