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L'Éducation sentimentale
Réalisme Prose Bac

Comment Frédéric Moreau dilapide-t-il l'héritage qu'il reçoit au cours de L'Éducation sentimentale de Flaubert ?

Questions & réponses · Gustave Flaubert
Claire Beaumont
4 min de lecture · 20 August 2026

Dans L'Éducation sentimentale (1869), Frédéric Moreau est un jeune homme de province monté à Paris pour faire des études de droit, nourri d'ambitions vagues et d'une passion durable pour Madame Arnoux, épouse d'un marchand d'art. Longtemps sans ressources, il végète jusqu'au moment où la mort de son oncle, M. Barthélemy Moreau, lui apporte une fortune évaluée à environ soixante-quinze mille francs de rente — somme qui le propulse d'emblée dans la bourgeoisie aisée. C'est à partir de ce tournant, au début de la deuxième partie du roman, que s'organise une dilapidation méthodique, dont Flaubert fait le récit avec une précision quasi-comptable.

L'installation et le train de vie bourgeois

La première utilisation de l'héritage est le signe le plus éloquent du caractère de Frédéric : avant même de songer à une carrière ou à un projet, il loue et meuble fastueusement un appartement rue Rumfort, commande des toilettes à la mode et se compose une vie de dandy. Flaubert décrit avec soin les étoffes, les bibelots, les tentures — autant d'achats qui révèlent un homme qui confond l'existence avec son décor. Cette installation coûteuse ne correspond à aucun plan de vie réel ; elle est une scénographie destinée à impressionner Madame Arnoux, ou du moins à se donner le sentiment d'être à la hauteur de son désir.

L'entretien de Rosanette

Une part significative de la fortune passe dans l'entretien de Rosanette Bron, dite la Maréchale, courtisane dont Frédéric devient l'amant. Il lui loue un appartement, lui offre des cadeaux coûteux, règle ses dettes. La relation avec Rosanette n'est jamais présentée comme un amour véritable — Flaubert insiste sur l'ambiguïté des sentiments de Frédéric, perpétuellement tiraillé entre plusieurs femmes. L'argent dépensé pour Rosanette est donc de l'argent perdu deux fois : matériellement et sentimentalement, puisqu'il ne correspond à aucune satisfaction durable.

Les ambitions artistiques et mondaines

Frédéric rêve tour à tour de devenir peintre, écrivain, diplomate. L'héritage lui permet de financer ces velléités sans jamais les mener à terme. Il fréquente les ateliers, commande une toile à son ami le peintre Pellerin, entretient des relations avec des journalistes et des hommes politiques. Ces dépenses de représentation sociale — dîners, réceptions, abonnements — ont pour fonction de maintenir une apparence de vie active, alors que Frédéric ne produit rien et ne décide rien.

Le sauvetage d'Arnoux et la ruine symbolique

L'épisode le plus révélateur survient lorsque Jacques Arnoux — le mari de la femme qu'il aime — se retrouve au bord de la faillite. Frédéric, dans un geste qui mêle générosité, calcul et désir inavoué de plaire à Madame Arnoux, envisage de lui venir en aide financièrement. Il est prêt à vendre ou hypothéquer ses biens pour renflouer cet homme qu'il méprise à demi. Cet épisode condense l'absurdité de la trajectoire de Frédéric : l'argent hérité sert à sauver le mari de la femme idéalisée, transformant la fortune en instrument d'un amour impossible et stérile.

Les investissements politiques

En 1848, dans le contexte de la révolution, Frédéric tente une candidature aux élections législatives dans sa ville natale de Nogent. Cette aventure politique, rapidement avortée, lui coûte des déplacements, des frais de campagne et surtout du temps — sans qu'il y croie vraiment. Là encore, l'argent finance une posture plutôt qu'un engagement.

Une dilapidation comme portrait d'une génération

Ce qui frappe dans la description que fait Flaubert de ces dépenses, c'est leur absence de logique interne. Frédéric ne dilapide pas par vice ou par passion véritable — il dépense par inertie, porté par les circonstances, incapable de concentrer son énergie sur un seul but. Flaubert utilise le roman réaliste pour montrer que la fortune ne suffit pas à construire une vie quand le désir reste flottant. À la fin du roman, Frédéric est revenu à une existence médiocre, ayant gaspillé à la fois son argent et ses années de jeunesse — les deux formes d'héritage que toute une génération, selon Flaubert, aura laissé filer entre ses doigts.

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