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Les Confessions
Lumières Prose Bac

Comment Rousseau présente-t-il sa relation avec Thérèse Levasseur dans Les Confessions et en quoi cette relation est-elle ambivalente ?

Questions & réponses · Jean-Jacques Rousseau
Claire Beaumont
4 min de lecture · 11 October 2026

Thérèse Levasseur entre dans la vie de Rousseau en 1745, alors qu'il loge à Paris et fréquente les milieux philosophiques. Il la rencontre comme lingère dans son hôtel et la décrit, dans le livre VII des Confessions, comme une jeune femme d'une candeur absolue, sans instruction ni ambition, mais dotée d'un caractère doux et d'une loyauté sans faille. Cette première présentation est déjà révélatrice d'une tension : Rousseau loue précisément chez Thérèse ce qu'il perçoit comme une absence — absence de culture, absence de ruse, absence des vices qu'il attribue aux femmes du monde.

Un attachement réel, mais clairement hiérarchisé

Rousseau insiste sur la durée et la constance de leur union. Il souligne qu'il a vécu avec Thérèse pendant plus de trente ans et qu'il l'a finalement épousée en 1768, lors d'une cérémonie civile symbolique. Cet attachement prolongé est présenté comme une preuve de vertu, une fidélité à l'écart des conventions mondaines. Pourtant, le portrait qu'il dresse d'elle est traversé d'une condescendance persistante : il note qu'il n'a jamais pu lui apprendre à lire correctement ni à distinguer les heures, et qualifie son intelligence de limitée. La relation est donc construite sur un déséquilibre assumé — Rousseau est le maître, le tuteur moral ; Thérèse est la compagne simple qui lui apporte stabilité domestique et affection sans contrainte intellectuelle.

L'aveu d'un amour sans passion

L'un des passages les plus déconcertants du livre VII est celui où Rousseau reconnaît franchement qu'il n'a jamais éprouvé pour Thérèse de passion amoureuse au sens plein du terme. Il distingue explicitement le sentiment qui le lie à elle — une « tendresse » tranquille, une « amitié » — de l'amour ardent qu'il a connu, ou cru connaître, pour d'autres femmes comme Mme de Warens. Cette distinction n'est pas présentée comme un aveu honteux, mais presque comme une preuve de lucidité : Rousseau se flatte de ne pas avoir trompé Thérèse sur la nature de leurs liens. L'ambivalence est ici maximale — l'honnêteté revendiquée devient une forme de justification du manque.

L'abandon des enfants : la faille irréparable

La contradiction la plus grave que les Confessions mettent en scène est celle de l'abandon aux Enfants-Trouvés des cinq enfants nés de Thérèse. Rousseau y revient à plusieurs reprises, notamment dans les livres VIII et IX, avec un mélange d'aveu, de justification et de culpabilité à peine voilée. Il invoque des raisons économiques, son incapacité à subvenir aux besoins d'une famille, et même — argument singulièrement embarrassant — l'idéal républicain d'une éducation publique. Ce qui frappe, c'est que Thérèse elle-même est présentée comme ayant cédé à sa volonté dans ces abandons successifs, ce qui la transforme rétrospectivement en victime consentante d'une décision dont elle n'était pas réellement l'auteure. Rousseau ne cache pas qu'elle aurait voulu garder les enfants : il rend ainsi visible, sans toujours en mesurer la portée, le rapport de domination qui structure leur relation.

La fonction rhétorique de Thérèse dans l'autoportrait rousseauiste

Il faut lire la figure de Thérèse dans sa dimension rhétorique : elle sert à Rousseau de preuve de sa différence d'avec les philosophes et les gens du monde. En choisissant pour compagne une femme du peuple, sans lettres ni relations, il affirme une authenticité, un refus de la vanité sociale. Thérèse incarne le naturel que Rousseau oppose à la corruption des Lumières mondaines. Mais cette instrumentalisation est précisément ce qui rend la relation ambivalente : Thérèse n'est jamais tout à fait une subjectivité autonome dans le récit — elle est, en partie, un argument dans la construction de l'image de Rousseau. Le projet confessionnel, qui prétend tout dire, dit en réalité sur Thérèse beaucoup moins qu'il ne dit sur le narrateur lui-même.

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