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La Princesse de Clèves
Classicisme Prose Bac Section 19 / 19

Le mariage sans amour

Thèmes & motifs · Madame de Lafayette
Claire Beaumont
3 min de lecture · 12 July 2026

Dans La Princesse de Clèves (1678), Madame de Lafayette fait du mariage sans amour bien plus qu'un simple cadre social : il est le ressort tragique qui met en mouvement toute l'intrigue et révèle, par contraste, la nature insurmontable de la passion. L'union de Mlle de Chartres avec M. de Clèves exemplifie une contradiction fondamentale de l'aristocratie classique — celle entre les exigences du rang et les aspirations du cœur — et place l'héroïne dans une position d'impossible réconciliation entre devoir et désir.

Une union fondée sur l'estime, non sur l'amour

Dès les premières pages du roman, Madame de Chartres instille chez sa fille une éducation morale rigoureuse, centrée sur la méfiance envers les passions. Lorsque M. de Clèves demande la main de Mlle de Chartres, celle-ci lui avoue avec une franchise désarmante qu'elle n'éprouve pour lui que de l'estime et de la reconnaissance, non de l'amour. Cette déclaration précoce est déterminante : elle pose d'emblée le mariage comme un contrat fondé sur des qualités morales et sociales, à l'exclusion du sentiment amoureux. M. de Clèves accepte néanmoins l'union, nourrissant l'espoir que l'affection viendra avec le temps. Cet espoir non exaucé est la source de sa souffrance constante.

La passion comme révélateur du manque

C'est la rencontre avec le duc de Nemours qui révèle à la princesse ce que son mariage ne lui a pas donné. Face à Nemours, elle éprouve précisément ce qu'elle avait confessé ne pas ressentir pour son époux. Lafayette construit ainsi une comparaison implicite et cruelle : l'intensité du trouble que provoque Nemours mesure en creux le vide affectif du mariage. La princesse ne cesse d'identifier ce trouble comme un danger, conformément à l'enseignement de sa mère, ce qui la conduit à l'une des scènes les plus célèbres du roman — l'aveu fait à son mari à Coulommiers. En révélant à M. de Clèves qu'elle est attirée par un autre homme, elle tente de préserver son honneur par la transparence, mais cet aveu blesse mortellement son époux.

Le mari : victime du système qu'il incarne

M. de Clèves est lui-même une figure tragique du mariage sans amour, non parce qu'il n'aime pas, mais parce qu'il aime seul. Il représente la parfaite vertu conjugale — fidèle, respectueux, généreux — et c'est précisément cette perfection qui le rend impuissant à susciter la passion. Sa mort, que Lafayette attribue en partie à la jalousie et au chagrin causés par les doutes sur la conduite de sa femme après l'aveu, souligne que le mariage de convenance blesse aussi celui qui, parmi les deux époux, avait choisi d'aimer.

Le refus final : une liberté amère

Lorsque, devenue veuve, la princesse refuse d'épouser Nemours malgré l'amour qu'elle lui porte, ce choix prend tout son sens au regard du thème. Elle n'invoque pas l'indifférence, mais la lucidité : elle craint que la passion, une fois consacrée par le mariage, ne s'étiole, et que le souvenir de son mari mort de jalousie ne vienne empoisonner son bonheur. Le mariage sans amour a si profondément marqué son existence qu'il lui rend désormais impossible toute union — même celle qu'elle désire. Lafayette suggère ainsi que c'est la structure même du mariage, indépendamment des sentiments qu'il contient ou non, qui étouffe irrémédiablement la liberté intérieure.

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