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Andromaque
Classicisme Prose Bac Section 8 / 18

Céphise - Analyse du personnage

Personnages · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 24 May 2026

Dans Andromaque (1667), Jean Racine met en scène une chaîne de passions condamnées où chaque personnage aime sans être aimé en retour. Parmi eux, Céphise occupe une place à part : confidente d'Andromaque — veuve d'Hector, retenue captive à la cour de Pyrrhus — elle n'appartient pas au cercle des héros déchirés par des désirs impossibles. C'est précisément cette position marginale qui fait d'elle un prisme révélateur.

Une présence effacée, une voix persistante

Céphise n'a ni rang royal ni passé glorieux à défendre. Elle apparaît d'emblée comme une figure de service, définie par sa relation à Andromaque plutôt que par une identité propre. Cette effacement n'est pourtant pas passivité : tout au long de la pièce, Céphise multiplie les interventions pour infléchir les décisions de sa maîtresse. Elle parle, argumente, supplie — autant de marques d'une présence active dans l'économie dramatique.

La voix du pragmatisme face à la fidélité absolue

La tension centrale qui définit Céphise est celle qui l'oppose à l'intransigeance morale d'Andromaque. Là où la princesse troyenne refuse d'épouser Pyrrhus pour rester fidèle à la mémoire d'Hector, Céphise plaide pour la vie, pour la survie d'Astyanax — le jeune fils d'Andromaque que Pyrrhus menace de livrer aux Grecs si sa mère refuse sa main. Céphise incarne une éthique de la conservation : sauver l'enfant, accepter le compromis, survivre. Ce pragmatisme n'est pas cynisme ; il traduit une lucidité sur le monde réel que le code héroïque d'Andromaque refuse d'intégrer. Racine lui prête la formule célèbre : Ah ! ne vous offrez pas à ses embrassements (acte I, scène 4), où perce la crainte de voir sa maîtresse céder à une émotion qui compliquerait la situation.

Un miroir des contradictions d'Andromaque

La fonction dramaturgique de Céphise est en grande partie spéculaire. Ses arguments — qui insistent sur le devoir maternel d'Andromaque envers Astyanax — mettent en lumière les déchirements intérieurs de la protagoniste entre fidélité conjugale et amour maternel. Sans la confidente qui verbalise l'alternative, le dilemme d'Andromaque resterait muet. Céphise contraint son personnage à s'expliquer, à se justifier, rendant visible la mécanique tragique de l'impasse. C'est elle qui, à l'acte III, contribue à pousser Andromaque vers la solution du stratagème : épouser Pyrrhus, puis mourir aussitôt après, pour ne trahir ni Hector ni son fils. La ruse funèbre d'Andromaque naît en partie de la pression douce mais persistante de sa confidente.

Une fidélité sans illusion

Ce qui distingue Céphise des autres personnages, c'est qu'elle n'est victime d'aucune passion. Elle voit clair — peut-être trop clair. Elle mesure les dangers, anticipe les catastrophes, et pourtant elle reste. Cette loyauté inconditionnelle, exercée sans la moindre réciprocité amoureuse, interroge la notion même d'attachement dans la tragédie racinienne. Tandis que les princes et les reines s'autodétruisent au nom de l'amour, Céphise démontre qu'il existe une autre forme d'engagement : plus humble, dépourvu de grandeur épique, mais non moins total.

Portée thématique : la tragédie vue d'en bas

En plaçant une confidente active au cœur de l'intrigue, Racine élargit subtilement le propos de sa tragédie. Céphise rappelle que les décisions des grands ont des conséquences sur ceux qui les servent, que la passion des héros n'est pas seulement sublime mais aussi destructrice pour l'entourage. Sa lucidité sans pouvoir — elle conseille mais ne décide pas — cristallise l'une des dimensions les plus sombres du classicisme racinien : la raison peut tout voir et ne rien empêcher.

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