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Andromaque
Classicisme Prose Bac Section 7 / 18

Oreste - Analyse du personnage

Personnages · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 22 May 2026

Dans Andromaque (1667), Jean Racine met en scène une chaîne fatale de désirs non réciproques : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui n'aime que la mémoire d'Hector. Oreste occupe le premier maillon de cette chaîne — et c'est précisément cette position qui en fait l'une des figures les plus pathétiques de la tragédie classique.

Un héros déjà défait dès le rideau levé

La première présentation d'Oreste est frappante : loin d'entrer en conquérant, il retrouve son ami Pylade après une longue errance et avoue avoir cherché la mort pour fuir un amour dont il reconnaît lui-même l'irrationalité. Dès l'acte I, il confie qu'il est venu en Épire moins comme ambassadeur chargé de réclamer le jeune Astyanax que pour revoir Hermione, la fille d'Hélène dont il est épris. La mission officielle n'est qu'un prétexte — et Oreste le sait. Cette lucidité sur sa propre faiblesse, sans pouvoir y remédier, est l'un des traits les plus raciniens du personnage : il se regarde sombrer sans pouvoir s'arrêter.

La passion comme fatalité

Oreste est habité par une conviction funeste : le destin s'acharne sur lui. Cette idée n'est pas seulement une posture rhétorique — elle structure toute sa psychologie. Lorsqu'il apprend que Pyrrhus semble délaisser Hermione et pourrait lui laisser la place, il croit un instant que la fortune lui sourit. Mais cet espoir ne dure guère : Racine ne lui accorde aucun répit. La célèbre formule de l'acte I — Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne (acte I, scène 1) — résume avec une précision saisissante sa condition : il n'est plus un agent, il est un objet emporté par des forces intérieures qu'il ne gouverne pas.

L'instrumentalisation et la chute morale

Le tournant le plus révélateur du personnage survient au quatrième acte, quand Hermione, furieuse du mariage imminent de Pyrrhus avec Andromaque, ordonne à Oreste d'assassiner Pyrrhus. Oreste hésite : tuer un roi en plein sacrifice, c'est violer toutes les lois humaines et divines. Mais sa passion pour Hermione l'emporte sur sa conscience morale. Il accomplit le meurtre, espérant enfin mériter l'amour de celle pour qui il sacrifie tout. Racine montre ici comment la passion amoureuse peut corrompre jusqu'à l'éthique d'un homme.

La folie finale, ou l'échec absolu

Le dénouement réserve à Oreste le sort le plus cruel : Hermione, avant de se suicider sur le corps de Pyrrhus, le repousse et lui reproche le crime qu'elle lui a elle-même commandé. Cette trahison ultime brise Oreste. La scène de folie qui clôt la pièce — où il voit des Furies, entend la voix d'Hermione, croit marcher sur des cadavres — n'est pas un simple effet de spectacle baroque : elle est la traduction physique et visible d'une conscience détruite. Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance ! (acte V, scène 5) : cette exclamation paradoxale dit tout — même dans l'horreur, Oreste trouve une forme de cohérence, comme si la catastrophe absolue était la seule issue logique d'une existence placée sous le signe de la fatalité.

Un miroir de la vision racinienne

Oreste n'est pas simplement un personnage malheureux : il est la démonstration que, dans l'univers racinien, la passion est une condamnation sans appel. Ni la raison, ni l'amitié de Pylade, ni même la conscience du ridicule ne peuvent arracher un homme à ce qui le consume. En ce sens, Oreste dépasse son rôle de personnage pour devenir une figure emblématique du tragique classique : celle d'un être libre en apparence, mais enchaîné de l'intérieur.

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