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Andromaque
Classicisme Prose Bac Section 15 / 18

La maternité et l'instinct de protection

Thèmes & motifs · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 19 June 2026

Dans Andromaque (1667), Racine dispose ses personnages autour d'une figure absente mais décisive : Astyanax, fils d'Hector et d'Andromaque, dernier survivant de la lignée troyenne. La maternité n'est pas ici un sentiment parmi d'autres — elle est le pivot tragique qui conditionne chaque décision d'Andromaque et révèle, en négatif, la brutalité des passions qui l'entourent.

Un amour maternel comme ressort dramatique

Dès l'exposition, Oreste apprend que Pyrrhus — roi d'Épire et vainqueur de Troie — refuse de livrer l'enfant aux Grecs qui réclament sa mort, non par générosité, mais pour contraindre Andromaque à l'épouser. L'enfant est donc d'emblée monnaie d'échange. Andromaque, veuve d'Hector et captive de Pyrrhus, se trouve dans une position intenable : refuser le mariage, c'est exposer son fils à la mort ; l'accepter, c'est trahir la mémoire de l'époux qu'elle chérit encore. Tout l'arc dramatique de la pièce repose sur cette double contrainte.

Racine formule cette tension avec une netteté glaçante lorsque Andromaque, parlant à sa confidente Céphise, évoque la mémoire d'Hector et la nécessité de protéger leur fils : elle rappelle qu'Astyanax est le seul bien qui lui reste de Troie et de son époux. L'enfant n'est pas seulement à protéger physiquement — il est la continuité d'un monde anéanti, le dépositaire d'une identité.

La mère face au tyran : une tragédie du choix impossible

L'acte III porte le conflit à son paroxysme. Pyrrhus, repoussé une nouvelle fois par Andromaque, annonce qu'il livrera Astyanax aux Grecs. Andromaque se retrouve alors acculée à ce que la dramaturgie classique nomme une délibération : doit-elle céder ? Dans la scène qui suit, elle s'en remet à l'ombre d'Hector, lui demandant en quelque sorte la permission d'épouser son vainqueur pour sauver leur fils. Ce geste — consulter le mort avant d'agir pour le vivant — mesure l'étendue du sacrifice maternel : Andromaque ne se sacrifie pas seulement au sens politique, elle aliène son identité de veuve fidèle pour remplir son devoir de mère.

La célèbre formule qu'elle adresse à Céphise, Allons sur son tombeau consulter mon époux (acte III, scène 8), condense cette double loyauté déchirante. Le verbe « consulter » est révélateur : Andromaque ne décide pas seule ; elle cherche une légitimation auprès du père pour ce qu'elle s'apprête à faire au nom de l'enfant.

La stratégie du « dessein » ou la maternité comme ruse tragique

C'est dans cette même scène qu'Andromaque expose à Céphise ce que les commentateurs ont souvent appelé son « dessein » : épouser Pyrrhus, obtenir ainsi la protection d'Astyanax, puis se donner la mort immédiatement après la cérémonie. Ce plan révèle une logique maternelle poussée à l'extrême — la mère disparaît pour que l'enfant survive. La maternité devient ici une forme de héroïsme silencieux, qui contraste avec la démesure des autres personnages.

Un miroir des autres passions

La singularité de l'amour maternel d'Andromaque se mesure par contraste avec les passions qui l'entourent. Hermione aime Pyrrhus sans réciprocité et finit par ordonner un meurtre ; Oreste obéit à une passion qui le détruit ; Pyrrhus sacrifie sa parole et ses alliances à un désir obsessionnel. Face à ces amours qui dévastent, la maternité d'Andromaque apparaît comme le seul sentiment orienté vers autrui — vers un être faible, sans défense, dont la survie justifie tous les renoncements. Racine y inscrit une réflexion sur ce que peut valoir, dans un monde régi par la force, un amour qui ne cherche rien pour lui-même.

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