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Andromaque
Classicisme Prose Bac Section 9 / 18

Pylade - Analyse du personnage

Personnages · Jean Racine
Claire Beaumont
3 min de lecture · 28 May 2026

Dans Andromaque (1667) de Jean Racine, Pylade est le confident d'Oreste, ambassadeur grec venu réclamer le jeune Astyanax au roi d'Épire Pyrrhus. Ami fidèle depuis l'enfance, il accompagne Oreste dans sa mission et, surtout, dans sa déraison amoureuse pour Hermione. Personnage secondaire au sens du rang dramatique, Pylade est pourtant structurellement essentiel : il est le seul à voir clair dans un univers où chacun est aveuglé par sa passion.

Un ambassadeur de la raison

Dès la première scène, Pylade tente de ramener Oreste à la réalité. Après deux ans d'absence et d'errance, il retrouve un ami que l'amour a rendu méconnaissable, et son premier mouvement est de le mettre en garde contre lui-même. La célèbre réplique d'ouverture de la pièce — Oui, puisque je retrouve un ami si fidèle, / Ma fortune va prendre une face nouvelle (I, 1) — appartient à Oreste, mais c'est Pylade qui, dans les répliques qui suivent, recadre aussitôt cet optimisme délirant. Il nomme lucidement l'esclavage dans lequel la passion tient son ami, utilisant des termes qui ressortissent au lexique de la contrainte et de la servitude. Ce faisant, il établit d'emblée la ligne interprétative que Racine lui assigne : là où tous subissent, Pylade observe.

La loyauté comme seule passion

Pylade n'est pas dépourvu de sentiment : il est animé par une amitié profonde et indéfectible pour Oreste, qui constitue sa seule et unique passion. C'est précisément parce qu'il n'est pas pris dans l'engrenage des amours contrariées — Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque — qu'il peut en percevoir l'absurdité et le danger. Il conseille à plusieurs reprises à Oreste de renoncer, d'agir politiquement plutôt qu'amoureusement, de replacer la mission diplomatique au centre. Cette lucidité n'est cependant pas de la froideur : Pylade se soucie sincèrement du sort de son ami, et c'est cet attachement qui le pousse, in fine, à se rendre complice du pire.

Le complice malgré lui

L'évolution la plus significative de Pylade réside dans sa capitulation progressive devant les exigences d'Oreste. Lorsque celui-ci, sur l'ordre d'Hermione, décide d'assassiner Pyrrhus, Pylade organise l'attentat et pousse les soldats grecs à l'action. La raison n'a pas disparu — il sait pertinemment que l'entreprise est criminelle et vouée au désastre — mais la fidélité l'emporte sur le jugement. Ce glissement révèle une tension fondamentale dans le personnage : la loyauté absolue, vertu en apparence, peut elle-même devenir une forme d'aveuglement. Pylade échappe à la passion amoureuse pour tomber dans la passion amicale.

Un miroir à contre-emploi

Dans la mécanique de la tragédie racinienne, le confident sert traditionnellement de miroir au héros et de relais vers le spectateur. Pylade remplit ce rôle, mais Racine lui donne une consistance morale qui dépasse la pure fonction dramaturgique. En maintenant jusqu'au bout un discernement que les héros ont perdu, il souligne par contraste l'irréversibilité de leur chute. Lorsqu'il emmène un Oreste devenu fou au dénouement, le tableau est celui d'un homme lucide emportant dans sa fuite les débris d'un autre, incapable de le sauver malgré tout ce qu'il avait vu venir. C'est la leçon cruelle que Racine lui réserve : voir n'est pas pouvoir empêcher.

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