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Andromaque
Classicisme Prose Bac Section 18 / 18

Le serment et la parole donnée

Thèmes & motifs · Jean Racine
Claire Beaumont
3 min de lecture · 5 July 2026

Dans Andromaque (1667), Racine construit sa tragédie sur un principe implacable : chaque personnage est lié par une parole qu'il a donnée ou qu'on lui réclame, et c'est précisément cette parole qui le condamne. Le serment n'est pas ici un acte de liberté — il est la chaîne invisible qui rend le dénouement inévitable.

Une chaîne de promesses impossibles

Dès l'acte I, la structure de la pièce repose sur un enchaînement d'obligations contradictoires. Oreste, envoyé en ambassade auprès de Pyrrhus pour réclamer la vie d'Astyanax — le fils d'Hector et d'Andromaque —, n'agit pas seulement au nom des Grecs : il espère secrètement obtenir Hermione, qu'il aime depuis toujours. Il arrive donc porteur d'une double mission, politique et amoureuse, dont il devine lui-même l'incompatibilité. Pyrrhus, de son côté, a officiellement promis Hermione en mariage — engagement contracté bien avant l'action de la pièce — mais son cœur s'est tourné vers Andromaque, la veuve de son ennemi vaincu. Cette situation initiale pose d'emblée la parole donnée comme une contrainte extérieure que la passion intérieure va rendre insupportable.

Pyrrhus ou le serment instrumentalisé

Pyrrhus incarne la tentation de retourner le serment contre lui-même. Tout au long des actes II et III, il use de la menace pour arracher un consentement à Andromaque : il lui promet de livrer Astyanax aux Grecs si elle refuse de l'épouser, et de le sauver si elle accepte. La parole devient ainsi un instrument de chantage plutôt qu'un acte d'honneur. La célèbre formulation par laquelle il lui offre le choix entre la vie de son fils et son refus — synthétisée dans sa déclaration de l'acte III — transforme le serment en arme. Ce renversement est moralement décisif : Racine montre qu'un engagement peut être sincère dans sa forme et tyrannique dans son usage.

Andromaque : la parole comme fidélité aux morts

Face à cette violence, Andromaque oppose une autre forme de serment — celui qu'elle a fait, implicitement mais absolument, à la mémoire d'Hector. Épouser le meurtrier de son mari lui semble une trahison irréparable. C'est dans ce conflit entre sa fidélité conjugale et son amour maternel pour Astyanax que réside son vrai dilemme. La solution qu'elle envisage à l'acte IV — accepter le mariage pour sauver son fils, puis mourir immédiatement après la cérémonie — révèle une logique du serment poussée à l'extrême : elle tiendra sa promesse à Hector en ne survivant pas à son propre consentement. La parole donnée aux morts a plus de force que celle donnée aux vivants.

Hermione et le serment trahi

Hermione est, de toutes les victimes du serment, la plus cruellement exposée. Elle attend de Pyrrhus qu'il respecte sa promesse de mariage, non pas par amour calculé, mais parce que cette promesse est son unique dignité. Lorsque Pyrrhus l'abandonne définitivement pour Andromaque, c'est moins une déception amoureuse qu'une humiliation publique qu'elle ressent. Son ordre à Oreste — tuer Pyrrhus — est lui-même une parole donnée dans la fureur, dont elle se retourne aussitôt contre Oreste quand il l'exécute. Ce retournement fulgurant de l'acte V illustre la thèse centrale de la pièce : dans un monde où les serments sont brisés ou extorqués, la parole ne peut plus fonder aucun ordre moral stable. Elle n'est plus que le vecteur de la destruction.

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