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Andromaque
Classicisme Prose Bac Section 6 / 18

Hermione - Analyse du personnage

Personnages · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 20 May 2026

Dans Andromaque (1667), Hermione occupe une position singulière : elle n'est ni la protagoniste éponyme ni la reine conquérante, mais une femme blessée dont la passion non partagée devient le moteur même de la tragédie. Fille d'Hélène et de Ménélas, promise à Pyrrhus — fils d'Achille et roi d'Épire — depuis l'enfance, elle arrive en Épire pour célébrer un mariage que le roi reporte indéfiniment, trop absorbé par son amour pour Andromaque, veuve du Troyen Hector qu'il retient captive. Hermione est ainsi présentée d'emblée comme une figure de l'attente humiliée.

Une fierté blessée, non un simple caprice

La première tentation serait de réduire Hermione à la jalousie. C'est pourtant la blesser une seconde fois. Ce qui la ronge n'est pas seulement d'être supplantée, mais d'être niée : Pyrrhus lui parle à peine, ne la regarde pas, et c'est cette invisibilité qui la consume. Sa fierté de princesse grecque, habituée à être désirée — elle est fille d'Hélène, la plus belle femme du monde —, se heurte à l'indifférence absolue. Racine construit ainsi un personnage dont la souffrance est d'abord narcissique avant d'être amoureuse, ce qui la rend plus complexe et plus dangereuse.

La lucidité tragique d'un amour qu'on ne peut pas quitter

Hermione sait que Pyrrhus ne l'aime pas. Cette lucidité, loin de la libérer, aggrave son supplice. Dans la scène célèbre où elle reproche à Oreste de l'avoir trop bien obéie (acte V, scène 3), elle reconnaît elle-même qu'elle aurait dû, peut-être, ne pas croire à ses propres ordres. Racine lui prête ici une conscience aiguë de sa propre contradiction : elle a voulu la mort de Pyrrhus pour punir celui qu'elle aime encore, et cette impossibilité logique — aimer et condamner — est précisément le cœur de son humanité tragique. Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle ? (acte V, scène 3) : ce vers, probablement le plus connu de la pièce, concentre toute la servitude de la passion racinienne. Hermione admet qu'elle n'aurait pas pu ne pas aimer, quelles que soient les circonstances — ce qui revient à confesser que la liberté lui a été refusée dès le début.

Oreste, miroir et instrument

La relation d'Hermione avec Oreste — ambassadeur grec éperdument amoureux d'elle — éclaire son personnage par contraste. Elle utilise Oreste exactement comme Pyrrhus l'utilise, elle : comme un moyen de pression, jamais comme une fin. Elle lui accorde des espoirs calculés pour s'assurer sa dévotion, puis lui ordonne d'assassiner Pyrrhus dans un accès de rage après que celui-ci a finalement consenti à épouser Andromaque. Cette symétrie cruelle révèle que la chaîne des passions non partagées structure toute la pièce, et qu'Hermione en est à la fois victime et maillon.

Une trajectoire vers l'autodestruction

L'évolution d'Hermione suit une logique implacable : de l'espoir blessé à la haine, de la haine à l'ordre du meurtre, du meurtre au désespoir et à la mort. Lorsqu'elle apprend que Pyrrhus a été tué dans le temple même où il allait épouser Andromaque, elle ne ressent pas la satisfaction attendue — elle se retourne contre Oreste avec une violence qui ressemble à de la honte. Elle finit par se suicider sur le corps de Pyrrhus. Ce dénouement ne constitue pas un châtiment moral, mais l'accomplissement d'une logique intérieure : sans Pyrrhus, Hermione n'a plus d'objet ni de sens. Racine fait d'elle non pas une coupable, mais une âme que la passion a vidée de tout ce qui n'était pas elle-même.

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