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Candide
Lumières Prose Bac

Quel est le parcours de Cunégonde depuis sa rencontre avec Candide jusqu'à la fin du conte ?

Questions & réponses · Voltaire
Claire Beaumont
4 min de lecture · 6 October 2026

Dans Candide ou l'Optimisme (1759), Voltaire présente Cunégonde dès le premier chapitre comme la fille du baron Thunder-ten-tronckh, jeune noble westphalienne que le naïf Candide aime en secret. Leur relation, d'abord platonique et idyllique dans le château qu'ils habitent, devient le moteur du conte : c'est pour retrouver Cunégonde que Candide traverse le monde.

La destruction du château et la première dispersion

Dès la fin du chapitre I, un baiser échangé avec Candide vaut à la jeune femme d'être chassée du château. Puis, au chapitre II, les soldats bulgares attaquent : Cunégonde est violée, le ventre ouvert, laissée pour morte. Le lecteur la croit disparue, mais elle réapparaît au chapitre VII, bien vivante — premier rebondissement qui signale la logique hyperbolique et satirique du récit voltairien.

Un objet de transaction entre hommes puissants

Cunégonde raconte elle-même son histoire au chapitre VIII dans un long récit rétrospectif. Recueillie puis possédée par un seigneur bulgare, elle passe ensuite entre les mains d'un négociant juif, don Issachar, et du Grand Inquisiteur de Lisbonne, qui se la partagent selon un accord tarifé. Ce tableau fait d'elle une propriété dont la valeur est strictement vénale : sa beauté la condamne à circuler de maître en maître plutôt qu'à exercer la moindre liberté. Voltaire dénonce ainsi, sous le vernis du conte, la condition réelle des femmes dans les sociétés d'Ancien Régime.

La fuite vers l'Amérique du Sud

Après que Candide tue don Issachar et l'Inquisiteur pour défendre Cunégonde, le couple s'enfuit vers Cadix puis embarque pour le Nouveau Monde. Mais à Buenos Aires, le gouverneur don Fernando d'Ibaraa y Figueora y Mascarenes y Lampourdos y Souza la convainc — ou la contraint — de rester pour l'épouser. Cunégonde disparaît alors de l'action principale ; Candide, lui, poursuit sa route vers le Paraguay et l'Eldorado. La séparation souligne que Cunégonde n'est jamais vraiment une compagne : elle est une destination, un prétexte au voyage du héros.

La retrouvaille et la déchéance

Au chapitre XXIX, Candide retrouve enfin Cunégonde sur les rives de la Propontide (la mer de Marmara), en Turquie. Mais la femme qu'il découvre n'a plus rien de la jeune noble du début : le soleil, les travaux et les épreuves l'ont vieillie et enlaidie. Voltaire décrit son teint brûlé, ses yeux rougis, ses joues ridées — autant de détails qui font de la retrouvaille une désillusion totale. Candide, malgré tout, l'épouse, non par amour, mais parce qu'il a donné sa parole et parce que le baron de Thunder-ten-tronckh — le frère de Cunégonde — finit par consentir au mariage.

La métairie : fin d'un rêve, début d'une existence

Au chapitre final, Cunégonde est intégrée au petit groupe qui s'installe sur la métairie turque. Son activité y est précise et dérisoire : elle devient bonne pâtissière selon les termes du conte. Ce détail, apparemment anodin, est en réalité chargé d'ironie : la fille de baron, autrefois objet de désir et de convoitise, finit en travailleuse manuelle, réduite à un rôle utilitaire. Elle est certes intégrée à la communauté du dénouement — avec Pangloss le philosophe, Martin le pessimiste, la vieille et quelques autres —, mais son statut n'a plus rien d'exceptionnel.

Cunégonde, personnage-symptôme

Le parcours de Cunégonde illustre plusieurs intentions satiriques de Voltaire. D'abord, la critique de l'optimisme : si le monde est le meilleur possible selon la doctrine de Pangloss que Candide répète tout au long du conte, que penser du sort réservé à cette jeune femme, successivement violée, possédée et dégradée ? Ensuite, la dénonciation de la société des ordres : sa noblesse d'origine ne lui confère aucune protection réelle face à la violence des hommes et à la brutalité de l'Histoire. Enfin, la déconstruction du roman sentimental : là où un récit traditionnel couronnerait la quête amoureuse par une réunion idéale, Voltaire livre une retrouvaille amère qui vide l'amour de sa substance romanesque.

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