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Progression
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Andromaque
Classicisme Prose Bac

Comment Hermione évolue-t-elle psychologiquement dans Andromaque de Racine entre le premier et le dernier acte ?

Questions & réponses · Jean Racine
Claire Beaumont
3 min de lecture · 2 October 2026

Une princesse humiliée mais encore maîtresse d'elle-même (acte I)

Lorsque la pièce s'ouvre, Hermione — fille de Ménélas et d'Hélène, fiancée officielle de Pyrrhus, roi d'Épire — se trouve dans une position paradoxale : elle est présente à la cour de celui qui la délaisse pour Andromaque, veuve d'Hector et captive de guerre. Dès l'acte I, sa confidente Cléone lui rapporte l'indifférence de Pyrrhus, mais Hermione résiste à l'aveu de sa propre souffrance. Elle maintient une façade de dignité et d'orgueil, refusant de reconnaître publiquement qu'elle aime encore un homme qui l'ignore. Cette tension entre l'amour-propre et la passion constitue le premier état psychologique du personnage : une blessure réelle, mais contenue.

L'oscillation entre espoir et jalousie (actes II et III)

La dynamique change dès que Pyrrhus, repoussé momentanément par Andromaque, se retourne vers Hermione et lui annonce qu'il consent à l'épouser. Ce revirement ne rend pas Hermione heureuse — il la déstabilise davantage. Elle sait que cet empressement soudain n'est pas dicté par l'amour mais par le dépit. Racine montre ici un personnage lucide sur sa propre situation, et c'est précisément cette lucidité qui est cruelle : Hermione accepte d'être un second choix parce que sa passion pour Pyrrhus est trop forte pour qu'elle refuse. La jalousie à l'égard d'Andromaque, captive qui possède ce qu'une princesse ne peut obtenir, ronge le personnage de l'intérieur et prépare le basculement à venir.

Le passage à l'acte meurtrier : la passion comme déraison (acte IV)

Le retournement décisif intervient lorsque Pyrrhus annonce définitivement qu'il épouse Andromaque. Hermione, humiliée une dernière fois, ordonne alors à Oreste — qui l'aime éperdument et lui sert d'instrument — d'assassiner Pyrrhus. Cette scène révèle une rupture psychologique fondamentale : Hermione ne raisonne plus, elle agit sous l'empire d'une douleur qui a pris la forme de la haine. Mais Racine insiste sur l'ambiguïté : cet ordre n'est pas celui d'une femme froide et vengeresse, c'est celui d'une femme qui souffre et qui, ne pouvant posséder Pyrrhus, choisit de le détruire. L'amour et la haine ne s'excluent pas — ils coexistent et se confondent dans la même impulsion.

L'effondrement final : culpabilité, folie et mort (acte V)

Le dénouement révèle l'état psychologique le plus dévastateur du personnage. Lorsqu'Oreste revient lui annoncer qu'il a exécuté son ordre, Hermione, au lieu de le remercier, l'accable de reproches et rejette sur lui la responsabilité du crime. Cette réaction, apparemment incohérente, est en réalité d'une cohérence tragique : en ordonnant la mort de Pyrrhus, elle a espéré, peut-être sans se l'avouer, qu'Oreste désobéirait. L'exécution de l'ordre la prive de son dernier lien avec celui qu'elle aimait. Elle court alors vers le corps de Pyrrhus et se poignarde sur sa dépouille — geste qui unit dans la mort ce que la vie avait séparé.

Cette trajectoire en cinq actes dessine l'une des figures les plus complexes du théâtre classique français. Hermione n'est ni simplement victime ni simplement bourreau : elle est l'une et l'autre simultanément, prise dans un enchaînement où chaque décision aggrave sa souffrance. Racine fait de cette évolution psychologique la démonstration que la passion, lorsqu'elle n'est pas partagée, ne mène pas à la sagesse mais à la destruction — de soi et des autres.

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