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Andromaque
Classicisme Prose Bac

Comment se termine Andromaque de Racine et pourquoi ce dénouement est-il tragique ?

Questions & réponses · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 14 August 2026

La tragédie Andromaque de Jean Racine (1667) met en scène une chaîne de passions non partagées : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, roi d'Épire, lequel est épris d'Andromaque, veuve du héros troyen Hector, elle-même entièrement dévouée à la mémoire de son mari et à la survie de son fils Astyanax. Ce mécanisme implacable — chacun désirant celui qui ne l'aime pas — conduit, au cinquième acte, à un effondrement général.

La mort de Pyrrhus

Pyrrhus avait longtemps menacé de livrer Astyanax aux Grecs si Andromaque refusait de l'épouser. Acculée, Andromaque finit par accepter le mariage, avec la résolution secrète de se suicider aussitôt après la cérémonie pour rester fidèle à Hector. Mais la noce n'a pas lieu comme prévu : Oreste, poussé par Hermione qui exige vengeance de l'abandon dont elle se juge victime, assassine Pyrrhus pendant la cérémonie de mariage, avec l'aide de ses compagnons grecs. La mort de Pyrrhus est donc le résultat direct de la jalousie d'Hermione, elle-même causée par son amour désespéré pour un homme qui ne l'aimait plus.

Le suicide d'Hermione

C'est ici que la mécanique tragique révèle toute sa cruauté. Hermione avait ordonné le meurtre ; mais lorsqu'Oreste revient lui annoncer que l'acte est accompli, elle le repousse avec horreur et lui reproche d'avoir tué Pyrrhus. La scène finale entre Hermione et Oreste (acte V, scène 3) est l'un des sommets de la pièce : Hermione accuse Oreste d'avoir agi sans en recevoir le véritable ordre, comme si la frénésie de la passion avait parlé à sa place. Elle se rend aussitôt auprès du corps de Pyrrhus et se poignarde. Sa mort illustre la logique même de la passion racinienne : l'objet aimé disparu, l'existence devient impossible.

La folie d'Oreste

Oreste, lui, ne meurt pas — ce qui est peut-être le sort le plus terrible. Il avait tout sacrifié à son amour pour Hermione : sa mission diplomatique, son honneur, ses compagnons grecs, sa raison même. La mort d'Hermione fait basculer son esprit. Le récit que fait Pylade — le fidèle ami d'Oreste — à la fin de la pièce décrit un Oreste en proie à des visions délirantes : il croit voir les Furies, entend des voix, perd tout contact avec la réalité. Cette folie n'est pas un accident : elle est la conclusion logique d'un personnage que le destin semblait condamner dès le début de la pièce, hanté par une malédiction familiale héritée des mythes grecs.

Andromaque, seule survivante

Au milieu de ce désastre, Andromaque émerge comme la seule figure qui ne soit pas détruite. Épouse légale de Pyrrhus au moment de sa mort, elle devient reine d'Épire et peut désormais protéger Astyanax. Ce renversement est significatif : celle qui était esclave et objet de tous les désirs devient maîtresse du destin. Racine ne lui consacre pourtant aucune scène triomphale — sa victoire est signalée de l'extérieur, à travers le rapport d'autres personnages, ce qui en accentue le caractère sobre, presque inattendu.

Pourquoi ce dénouement est-il tragique au sens classique ?

La tragédie classique vise, selon Aristote repris par les théoriciens du XVIIe siècle, à provoquer crainte et pitié chez le spectateur. Racine y parvient en montrant que ce ne sont pas des forces extérieures — un dieu vengeur, un destin arbitraire — qui détruisent les personnages, mais leurs propres passions. Hermione est tuée par son amour ; Oreste est détruit par le sien ; Pyrrhus meurt victime de son inconstance. Chaque personnage est à la fois bourreau et victime de lui-même. Ce dénouement respecte aussi la règle de la vraisemblance et celle de la bienséance : les morts violentes se produisent hors scène et nous sont rapportées par des messagers ou témoins, conformément aux usages du théâtre classique français.

La force du dénouement tient enfin à sa symétrie : la chaîne des passions non partagées qui structurait toute la pièce se referme sur elle-même, chacun ayant détruit ou été détruit par l'objet de son désir. Il ne reste, debout, qu'Andromaque — celle qui, précisément, n'aimait personne parmi les vivants, et dont le seul amour se tournait vers un mort.

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