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Andromaque
Classicisme Prose Bac

En quoi la fureur d'Oreste à la fin d'Andromaque de Racine illustre-t-elle le thème de la fatalité tragique ?

Questions & réponses · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 13 October 2026

Dans Andromaque (1667), Jean Racine construit une chaîne de passions non partagées — Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, veuve d'Hector — dont chaque maillon brise le suivant. La scène finale, où Oreste sombre dans la folie après le meurtre de Pyrrhus et le suicide d'Hermione, constitue le point d'aboutissement de cette mécanique impitoyable. Elle cristallise le thème de la fatalité tragique, c'est-à-dire l'idée que le destin du héros est scellé à l'avance et qu'aucune volonté humaine ne peut l'infléchir.

Un personnage habité par la fatalité dès le premier acte

Dès son entrée en scène (acte I, scène 1), Oreste se présente comme un être voué au malheur. Il confie à son ami Pylade que les dieux semblent s'acharner sur lui et qu'il n'espère plus rien de la vie — il va jusqu'à envisager sa propre mort comme une délivrance. Cette exposition n'est pas un simple trait de caractère mélancolique : elle fonctionne comme une prophétie implicite. Le spectateur averti, qui connaît le mythe des Atrides dont Oreste est l'héritier maudit, sait que ce personnage porte en lui une malédiction héréditaire. Racine actualise ainsi la notion grecque de fatum dans une psychologie moderne : la fatalité n'est plus seulement extérieure (les dieux, le destin), elle est intériorisée, inscrite dans le tempérament même du personnage.

Le crime commandé : la liberté comme illusion

L'acte V constitue la démonstration la plus cruelle de cette fatalité. Oreste a tué Pyrrhus — roi d'Épire — non par haine personnelle, mais pour satisfaire Hermione, dont il espère obtenir l'amour en échange. Il croit agir librement, par choix amoureux. Mais à peine le crime accompli, Hermione le repousse avec horreur et lui reproche d'avoir osé frapper Pyrrhus, celui qu'elle aimait. Elle se précipite ensuite sur le corps de Pyrrhus et se suicide. Oreste découvre alors que son geste, qu'il pensait être un acte de conquête, n'était qu'un rouage de plus dans une machine qui le broie. La liberté dont il croyait disposer était une illusion : en obéissant à sa passion pour Hermione, il n'a fait qu'exécuter le décret d'un destin qui le condamnait à perdre.

La folie comme manifestation visible de la fatalité

C'est dans la scène finale (acte V, scène 5) que la fatalité tragique prend sa forme la plus spectaculaire. Oreste, seul avec Pylade, bascule dans le délire. Il croit voir les Furies — ces divinités vengeresses issues de la mythologie grecque — et l'ombre d'Hermione qui le poursuit. Sa vision hallucinatoire rejoue, sous une forme paroxystique, la situation qui l'a écrasé tout au long de la pièce : même dans la folie, il est encore poursuivi par celle qu'il aimait et qui le fuyait. Le retournement est vertigineux : Hermione morte le hante désormais avec la même intensité qu'elle le repoussait vivante.

Cette folie n'est pas présentée comme une simple décompensation psychologique. Elle a une dimension mythologique et héréditaire : le spectateur de 1667, familier des tragédies grecques, reconnaît dans la démence d'Oreste l'écho de la folie qui, dans les récits antiques (Eschyle, Euripide), s'empare de lui après le meurtre de sa mère Clytemnestre. Racine n'a pas besoin de raconter explicitement ce passé mythique ; il suffit que le nom d'Oreste convoque cette mémoire pour que la chute finale apparaisse comme inévitable, annoncée de toute éternité par le sang des Atrides.

Une fatalité sans coupable ni rachat

Ce qui fait la singularité de la fatalité racinienne par rapport à la tragédie grecque, c'est l'absence de dimension rédemptrice. Oreste ne comprend pas, ne se rachète pas, ne transcende pas sa souffrance : il s'y noie. Racine refuse toute consolation métaphysique. La fureur finale n'est pas une punition divine clairement articulée — aucun dieu ne prend la parole pour justifier la sentence — mais une destruction intérieure dont la passion amoureuse est à la fois la cause et l'instrument. C'est la passion elle-même qui tient lieu de destin : en aimant Hermione d'un amour absolu et non partagé, Oreste s'est condamné dès le premier acte.

La fatalité tragique dans Andromaque est donc doublement construite : elle est mythologique (l'héritage maudit des Atrides) et psychologique (l'incapacité du personnage à se soustraire à sa propre passion). La fureur d'Oreste en est la synthèse la plus accomplie, le moment où ces deux dimensions se confondent dans un effondrement total.

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