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Andromaque
Classicisme Prose Bac

Quel est le rôle de Céphise dans Andromaque de Racine ?

Questions & réponses · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 19 August 2026

Dans Andromaque (1667) de Jean Racine, Céphise est la suivante et confidente d'Andromaque — la veuve du héros troyen Hector, retenue en captivité à la cour de Pyrrhus, roi d'Épire. Personnage sans épaisseur psychologique propre, elle appartient à un type codifié par la dramaturgie classique : la confidente. Comprendre son rôle, c'est comprendre une convention théâtrale que Racine met au service de ses fins les plus subtiles.

La confidente, un dispositif dramaturgique classique

Le théâtre classique français impose la règle de la bienséance : les personnages nobles ne peuvent pas s'adresser directement au public pour livrer leur intériorité. La confidente résout ce problème. Elle est l'interlocutrice de confiance qui autorise le monologue déguisé en dialogue. Céphise joue exactement ce rôle : elle pose des questions, encourage, objecte parfois, mais surtout elle écoute, offrant à Andromaque un espace de parole légitime sur scène.

Donner corps aux hésitations d'Andromaque

L'enjeu central d'Andromaque est le dilemme auquel est confrontée son héroïne : accepter d'épouser Pyrrhus pour sauver son fils Astyanax, ou refuser par fidélité à la mémoire d'Hector et au risque de la mort de l'enfant. Ce déchirement moral ne se déploie pleinement qu'en présence de Céphise. C'est à elle qu'Andromaque expose ses scrupules, ses souvenirs douloureux de Troie en flammes, et la tension insurmontable entre son amour maternel et sa loyauté conjugale posthume.

Céphise n'est pas muette : elle conseille, et ses conseils vont dans le sens d'une acceptation pragmatique. Elle pousse Andromaque à céder aux demandes de Pyrrhus, arguant que la survie d'Astyanax prime sur tout serment. Ce faisant, elle incarne une voix du compromis raisonnable — ce que précisément Andromaque ne peut pas être. La confidente sert ainsi de repoussoir moral qui permet de mieux cerner la grandeur et l'intransigeance de l'héroïne.

Le stratagème du « troisième acte » et la complicité de Céphise

Au dénouement de sa réflexion, Andromaque imagine une résolution qui lui permettrait de tenir ses deux engagements contradictoires : épouser Pyrrhus, obtenir ainsi sa protection pour Astyanax, puis se donner la mort immédiatement après la cérémonie pour ne pas trahir Hector. Elle confie ce plan à Céphise et lui demande d'élever son fils dans le culte de son père. Céphise devient alors dépositaire d'un secret tragique et actrice consentante d'un projet qui la dépasse. Sa complicité dans ce dessein souligne à quel point elle est entièrement dévouée à sa maîtresse, sans jamais remettre en cause la logique jusqu'au-boutiste de celle-ci.

Un personnage sans destin propre

Contrairement aux quatre protagonistes de la pièce — Oreste, Hermione, Pyrrhus, Andromaque — Céphise ne nourrit aucune passion, ne souffre d'aucune jalousie, n'est animée d'aucun désir personnel. La chaîne des amours non partagés qui structure Andromaque (Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui n'aime que la mémoire d'Hector) l'exclut par définition. Elle est hors du désir, et donc hors de la tragédie au sens racinien du terme. Cette neutralité affective est précisément ce qui lui permet d'exercer sa fonction : être l'oreille stable dans un monde emporté par les passions.

Une présence discrète mais indispensable

Céphise n'apparaît que dans les scènes où Andromaque a besoin de se confier. Son effacement est la condition de l'efficacité dramatique du personnage : trop présente, elle deviendrait encombrante ; trop absente, Andromaque perdrait sa caisse de résonance. Racine gère cette économie avec précision. Céphise est, en ce sens, un outil dramaturgique parfaitement maîtrisé — discret, fonctionnel, et pourtant nécessaire à l'architecture de la pièce.

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