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Andromaque
Classicisme Prose Bac

Quelle est la nature du conflit central dans Andromaque de Racine entre les quatre personnages principaux ?

Questions & réponses · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 11 September 2026

Une structure en chaîne : le principe de la passion non partagée

Créée en 1667, Andromaque repose sur un mécanisme dramatique d'une symétrie implacable. Racine dispose quatre personnages en cercle fermé : Oreste, ambassadeur grec arrivé à la cour d'Épire, est épris d'Hermione ; Hermione, fille d'Hélène et promise officielle de Pyrrhus, n'aime que Pyrrhus ; Pyrrhus, roi d'Épire et fils d'Achille, a reporté toute sa passion sur Andromaque, sa captive troyenne ; Andromaque, veuve d'Hector tué par Achille, reste fidèle au souvenir de son mari mort et vit uniquement pour protéger son jeune fils Astyanax. Chacun désire ce que l'autre refuse, et ce refus se propage de personnage en personnage comme une onde : il n'existe aucune issue heureuse dans ce système clos.

Pyrrhus et Andromaque : l'amour contre le deuil

Le conflit le plus immédiatement visible oppose Pyrrhus à Andromaque. Pyrrhus tient Astyanax en otage — les Grecs réclament sa mort — et s'en sert comme levier pour contraindre Andromaque à l'accepter comme époux. Il lui offre alternativement sa protection et sa menace, passant de la tendresse à la cruauté selon qu'elle lui résiste ou semble fléchir. Andromaque, elle, est tiraillée entre son amour maternel et sa fidélité à la mémoire d'Hector. Sa question centrale — sauver son fils ou trahir son époux défunt — structure toute la pièce et culmine dans sa décision secrète de consentir au mariage tout en ayant résolu de mourir juste après la cérémonie, échappant ainsi à la trahison envers Hector. Ce dilemme tragique est proprement cornélien dans sa formulation, mais racinien dans son issue : Andromaque ne peut gagner sans se détruire.

Hermione : l'amour-propre blessé

Hermione représente une autre facette du conflit. Humiliée par l'indifférence de Pyrrhus qui la délaisse ouvertement pour une captive ennemie, elle oscille entre l'amour et la haine, sans jamais parvenir à se détacher. Elle use d'Oreste comme d'un instrument : consciente qu'il l'aime passionnément, elle lui ordonne d'assassiner Pyrrhus pour venger son honneur, tout en lui laissant croire que cette vengeance est aussi la sienne. Ce cynisme n'est cependant pas froid : Hermione se ment à elle-même autant qu'elle trompe Oreste, et le moment où elle apprend la mort de Pyrrhus révèle qu'elle l'aimait encore, rendant sa haine d'Oreste immédiate et absolue.

Oreste : le jouet du destin

Oreste est présenté d'emblée comme un homme que la fatalité poursuit. Avant même l'action, il se sait condamné par ses propres passions. Il accepte la mission diplomatique qui lui permet de revoir Hermione, sachant que cet amour le perdra. Lorsqu'il exécute l'ordre d'Hermione en faisant tuer Pyrrhus, il perd en un instant la femme qu'il aimait — qui le maudit — et la raison elle-même. Sa folie finale, au cours de laquelle il croit voir les Érinyes et le spectre d'Hector, marque la conclusion logique d'un personnage que le désir a rendu étranger à lui-même.

L'unité du conflit : la violence du désir

Ce qui unifie ces quatre trajectoires, c'est moins une opposition politique ou morale que la violence inhérente au désir racinien. Aucun des quatre personnages ne choisit librement : ils sont tous possédés par une passion qui les dépasse et les détruit. Racine hérite ici de la conception janséniste de la volonté humaine, incapable de se gouverner par la seule raison. Le conflit central n'est donc pas seulement interpersonnel — qui épousera qui, qui mourra — mais intérieur à chaque personnage, pris entre ce qu'il sait raisonnable et ce que sa passion lui impose. C'est cette double dimension, externe et interne, qui fait d'Andromaque une tragédie à la fois politique et psychologique.

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