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Hernani
Romantisme Prose Bac

Comment le personnage de don Ruy Gomez de Silva utilise-t-il la loi de l'hospitalité dans Hernani de Victor Hugo pour faire avancer l'action ?

Questions & réponses · Victor Hugo
Claire Beaumont
4 min de lecture · 7 August 2026

Dans Hernani (1830), Victor Hugo place au cœur de l'intrigue un personnage secondaire dont la fonction dramatique est pourtant décisive : don Ruy Gomez de Silva, vieux seigneur aragonais et rival amoureux du héros éponyme. C'est autour d'un principe féodal — la loi de l'hospitalité — que ce personnage fait basculer le destin des protagonistes à deux moments clés de la pièce.

Un code d'honneur féodal au cœur du drame romantique

La loi de l'hospitalité n'est pas une invention de Hugo : elle renvoie à un code chevaleresque et aristocratique selon lequel tout hôte reçu sous un toit noble bénéficie d'une protection absolue, quelles que soient les circonstances. Don Ruy Gomez incarne ce code dans sa forme la plus rigide, presque archaïque. Il en fait le principe intangible de son honneur, et c'est précisément cette rigidité qui donne à la loi sa force dramatique : elle ne souffre aucune exception, pas même devant le roi.

Acte II : la loi de l'hospitalité face au pouvoir royal

La première grande scène où cette loi s'impose se situe à l'acte II. Don Carlos — le roi de Castille, rival d'Hernani pour le trône du Saint-Empire et pour l'amour de doña Sol — se présente au château de Silva pour réclamer le fugitif Hernani, que don Ruy Gomez cache dans ses appartements. Face à la pression du roi, le vieillard oppose un refus catégorique : Hernani est son hôte, et rien, pas même l'autorité royale, ne saurait l'obliger à le livrer. Hugo fait de cet affrontement une scène de tension où la parole de don Ruy Gomez devient un véritable acte de résistance. Le seigneur passe en revue, dans un long monologue solennel, les portraits de ses ancêtres illustres gravés sur les murs, invoquant leur mémoire comme garants de l'honneur de Silva (acte II, scène 5). Cette tirade monumentale transforme le code de l'hospitalité en héritage dynastique : trahir son hôte serait déshonorer toute une lignée.

L'effet dramatique est double. D'un côté, don Ruy Gomez sauve provisoirement Hernani — son ennemi amoureux — par principe, non par affection. De l'autre, don Carlos, humilié, enlève doña Sol en représailles, ce qui propulse l'action vers l'acte suivant et renforce la haine entre les trois hommes.

Acte III : la loi retournée en instrument de vengeance

Le retournement le plus saisissant intervient à l'acte III. Cette fois, c'est don Ruy Gomez lui-même qui devient l'hôte d'Hernani, ou plutôt qui contraint le jeune homme à honorer sa dette. Hernani, pour prix de la protection reçue, a remis à don Ruy Gomez un cor : à l'appel de ce signal, il s'est engagé à venir mourir, où qu'il se trouve et quelle que soit sa situation. Ce pacte — librement consenti mais impitoyable — inscrit la loi de l'hospitalité dans une logique de réciprocité mortelle. Don Ruy Gomez ne protège Hernani que pour mieux le posséder, au sens littéral : posséder sa mort.

Ce serment du cor constitue le véritable ressort tragique de la pièce. Tout le dénouement de l'acte V en découle directement : au moment précis où Hernani vient d'épouser doña Sol et où le bonheur semble enfin accessible, don Ruy Gomez sonne du cor pour réclamer son dû. La loi de l'hospitalité, d'abord bouclier, se révèle être un piège : elle a permis à don Ruy Gomez de lier Hernani par un serment qu'il ne peut transgresser sans perdre son honneur — la seule chose qu'il lui reste.

Une mécanique dramatique au service du fatalisme romantique

Ce que Hugo construit à travers don Ruy Gomez, c'est une dramaturgie du serment irrévocable, chère au romantisme. La loi de l'hospitalité n'est pas seulement un ressort de l'action : elle matérialise le fatalisme qui pèse sur Hernani depuis le début de la pièce. Le héros romantique hugolien est un homme traqué, incapable d'échapper à son passé ni à ses engagements. Don Ruy Gomez, en faisant de la loi d'hospitalité un double tranchant — protection d'un côté, créance de mort de l'autre — devient le bras armé de ce destin inexorable.

Il est également révélateur que don Ruy Gomez reste fidèle à ce code même lorsque la vengeance personnelle aurait pu suffire à ses fins. Il aurait pu livrer Hernani au roi dès l'acte II. Il choisit de ne pas le faire — non par générosité, mais par orgueil aristocratique. C'est cet orgueil même, absolu et inflexible, qui fait de lui une figure tragique autant qu'un antagoniste : il est détruit avec les autres par les lois qu'il s'est imposées.

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