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Hernani
Romantisme Prose Bac Section 16 / 17

La liberté contre la tyrannie

Thèmes & motifs · Victor Hugo
Claire Beaumont
4 min de lecture · 27 June 2026

Dans Hernani (1830), Victor Hugo ne se contente pas de raconter une rivalité amoureuse : il fait du conflit entre liberté et tyrannie le moteur même du drame. Hernani, noble espagnol dépouillé de son titre et condamné à l'errance, affronte un roi tout-puissant, Don Carlos, et un vieillard vengeur, Don Ruy Gomez de Silva. Ces trois hommes se disputent Doña Sol, mais c'est surtout une question d'ordre et de transgression qui les oppose. Hugo construit ainsi une réflexion politique et morale sur le droit de l'individu à exister contre les forces qui l'écrasent.

Hernani, figure de la liberté blessée

Dès l'acte I, Hernani se définit par l'exclusion : proscrit, il erre « comme une ombre » en marge d'une société qui l'a condamné sans l'entendre. Sa révolte n'est pas caprice, elle est réponse à une injustice originelle — le roi a fait exécuter son père et confisqué ses biens. Cette origine tragique légitime son refus de l'ordre établi. Hugo en fait un « homme des bois », libre et dangereux, sur lequel aucune loi humaine n'a plus de prise volontaire : Je suis une force qui va ! (acte III, scène 4). Ce vers célèbre ne glorifie pas tant la puissance que le mouvement irrépressible d'un être que la société a libéré malgré elle de toute obligation envers elle. La liberté d'Hernani est moins conquête que blessure.

Don Carlos ou la tyrannie qui se déguise en ordre

Face à lui, Don Carlos représente le pouvoir absolu dans ce qu'il a d'arbitraire. Il s'introduit chez Doña Sol, il menace, il emprisonne : le roi traite les individus comme ses possessions. La scène du tombeau de Charlemagne (acte IV, scène 2) est décisive : seul devant le sépulcre, Carlos médite sur l'empire et sur la grandeur. Cette introspection le transforme. Élu empereur sous le nom de Charles Quint, il gracie Hernani et rend à chacun sa liberté. Hugo introduit ici une nuance essentielle : la tyrannie n'est pas une fatalité de nature, elle est un choix. Le même homme peut choisir la clémence. Cette scène montre que l'enjeu politique de la pièce dépasse la simple opposition manichéenne : Hugo interroge les conditions dans lesquelles le pouvoir devient légitime.

Don Ruy Gomez, ou la tyrannie de l'honneur

La liberté retrouvée par Hernani grâce à la grâce royale se heurte aussitôt à une autre tyrannie, plus archaïque encore : l'honneur féodal incarné par Don Ruy Gomez. Le vieux seigneur avait accordé l'hospitalité à Hernani en échange d'une promesse solennelle — obéir à l'appel de son cor quand il le sonnerait. Hernani ! l'heure sonne. (acte V, scène 6) : cette phrase brève, prononcée lors de la nuit de noces, condense toute la violence du serment. Le cor n'est pas un instrument de musique, c'est un instrument de domination. L'honneur devient ici synonyme d'emprisonnement : Hernani, libre de ses chaînes royales, reste enchaîné à une parole donnée dans un moment de désespoir. Hugo suggère que la tyrannie la plus redoutable n'est pas toujours celle de l'État — c'est celle que l'on s'impose à soi-même par fidélité à un code dépassé.

La mort comme seule liberté absolue

Le dénouement — Hernani, Doña Sol et Don Ruy Gomez morts en quelques vers — n'est pas un échec du thème de la liberté : il en est l'accomplissement paradoxal. Hernani refuse de fuir et d'abandonner sa parole ; Doña Sol refuse de survivre à celui qu'elle aime. Dans un monde où toutes les libertés sont confisquées — par le roi, par la société, par l'honneur —, la mort volontaire devient le dernier acte d'autonomie. Hugo fait ainsi de la tragédie romantique non une capitulation devant l'ordre, mais une affirmation ultime que certains êtres ne peuvent être réduits à l'obéissance.

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