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Hernani
Romantisme Prose Bac Section 13 / 17

Le pouvoir royal et la légitimité

Thèmes & motifs · Victor Hugo
Claire Beaumont
4 min de lecture · 12 June 2026

Dans Hernani (1830), Victor Hugo ne met pas en scène un roi pour le célébrer, mais pour le mettre à l'épreuve. Le pouvoir royal y est moins un fait accompli qu'une question ouverte : qu'est-ce qui rend un homme digne de régner ? Cette interrogation traverse toute la pièce et donne au drame sa profondeur politique, bien au-delà de la rivalité amoureuse entre Hernani, Don Carlos et Don Ruy Gomez pour la belle Doña Sol.

Un roi indigne de son rang

Dès l'acte I, Don Carlos se présente sous un jour peu flatteur : il s'introduit nuitamment dans la chambre de Doña Sol, use de son autorité pour intimider et contraindre, traitant la légitimité comme un passe-droit. Hugo construit délibérément ce portrait négatif pour mieux préparer la métamorphose à venir. Le contraste est saisissant avec Hernani, banni et sans titre, qui possède pourtant la générosité et l'honneur que le roi affiche sans les ressentir. La légitimité dynastique apparaît ainsi, dès l'ouverture, comme une coquille vide.

Le tombeau de Charlemagne : le tournant de l'acte IV

C'est à l'acte IV, devant le tombeau de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, que le thème atteint son sommet. Don Carlos, qui vient d'apprendre son élection à l'Empire, prononce son grand monologue solitaire face au tombeau de son prédécesseur. Il demande à l'ombre de Charlemagne de le guider et mesure l'abîme entre ses ambitions passées et la grandeur à laquelle il est désormais appelé :

Ô Charlemagne, tu dors dans cette tombe, / Et dans ton manteau d'or le monde entier se tombe.
(Acte IV, scène 2)

Ce face-à-face avec l'ancêtre fondateur n'est pas une célébration de la lignée : c'est un aveu d'insuffisance. Carlos reconnaît implicitement que la couronne ne suffit pas à faire un grand homme — il faut la mériter par ses actes. Le tombeau fonctionne comme un miroir moral brutal.

La grâce comme acte de souveraineté véritable

La scène de grâce qui suit — Don Carlos, devenu Charles Quint, pardonne aux conjurés et libère Hernani — constitue l'apogée de sa transformation. Il prononce alors :

Dieu, qui donne le sceptre et qui le redemande, / M'a fait signe d'en haut.
(Acte IV, scène 4)

Le pouvoir n'est plus ici héritage ou conquête militaire : il se légitime par la clémence, vertu que la tradition humaniste et chrétienne réserve aux princes accomplis. Hugo renverse ainsi la logique féodale : ce n'est pas le sang qui fait le roi, mais le geste moral. Cette scène articule directement le thème du pouvoir à celui de l'honneur, fil rouge d'un drame où les trois rivaux se définissent avant tout par leur rapport à la parole donnée.

Hernani ou la légitimité sans couronne

Hernani, lui, est l'envers du roi : fils d'un grand d'Espagne exécuté par le père de Don Carlos, il porte une légitimité confisquée. Sa noblesse est réelle mais invisible, écrasée par le pouvoir d'État. Hugo fait de ce personnage le véritable porteur de la dignité royale — sans trône, sans titre, mais avec une intégrité que ni Carlos ni Don Ruy Gomez n'égalent. La mort finale d'Hernani, contraint d'honorer le pacte mortel avec Don Ruy, scelle cette ironie tragique : celui qui méritait de régner n'aura vécu que dans l'exil et mourra avant d'avoir joui de sa réhabilitation.

Le pouvoir royal dans Hernani fonctionne donc comme une épreuve révélatrice. Hugo ne renverse pas la monarchie frontalement — il la vide de son automatisme dynastique pour mieux affirmer que la grandeur est affaire de choix, non de naissance. Manifeste politique autant que drame romantique, la pièce oppose à la légitimité de droit une légitimité de valeur, et c'est cette tension qui donne à la « bataille d'Hernani » toute sa charge subversive.

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