clairelit.fr clairelit
Progression
0 / 17
Hernani
Romantisme Prose Bac

Quel est le rôle du thème de la fatalité et du destin dans Hernani de Victor Hugo et comment se manifeste-t-il à travers les personnages ?

Questions & réponses · Victor Hugo
Claire Beaumont
4 min de lecture · 29 September 2026

Créé en 1830 à la Comédie-Française au cœur de la bataille entre classiques et romantiques, Hernani de Victor Hugo met en scène un triangle fatal : Hernani, jeune hors-la-loi épris de Doña Sol ; Don Carlos, roi d'Espagne qui convoite la même femme ; et Don Ruy Gomez de Silva, vieux seigneur castillan fiancé à Doña Sol et gardien d'un honneur absolu. Ces trois hommes gravitent autour d'une même femme, mais surtout autour d'une même force invisible — le destin — qui interdit à chacun d'eux d'accéder pleinement à ce qu'il désire.

Un héros marqué dès l'origine

La fatalité pèse sur Hernani avant même que l'action ne commence. Il est le fils d'un père exécuté sur ordre du roi, condamné à l'errance et à la vengeance. Son nom même — un nom d'emprunt dissimulant sa véritable identité de duc — signale un destin fracturé. Dès l'acte I, Hernani se présente à Doña Sol comme un être voué à la destruction, affirmant que sa route ne mène qu'à la mort et que tout ce qu'il touche est maudit. Cette auto-désignation comme être fatal n'est pas une posture : elle programme la catastrophe finale. Le héros romantique hugolien est celui qui voit son destin sans pouvoir s'y soustraire, et qui choisit malgré tout d'aimer.

Le serment, instrument du destin

Le mécanisme le plus redoutable par lequel la fatalité s'exerce est le serment liant Hernani à Don Ruy Gomez. À l'acte III, pour obtenir la protection du vieux seigneur, Hernani lui offre sa vie : au premier son du cor de Don Ruy Gomez, il devra mourir. Ce pacte transforme le temps lui-même en ennemi. Désormais, chaque instant de bonheur est emprunté, et le cor — objet sonore chargé d'une valeur symbolique écrasante — devient l'instrument concret du destin. Hugo matérialise ainsi l'abstraction fatale en un objet scénique simple et terrible.

La nuit des noces, au moment où Hernani et Doña Sol touchent enfin au bonheur, le cor retentit. Don Ruy Gomez surgit et réclame le respect du serment. L'acte V, entièrement construit sur cette irruption du passé dans le présent, montre que la fatalité chez Hugo n'est pas métaphysique mais sociale et morale : elle est faite de paroles données, d'honneur castillan, de codes que les hommes ont eux-mêmes forgés et dont ils deviennent les prisonniers.

Don Ruy Gomez : la fatalité incarnée

Don Ruy Gomez est à la fois victime et agent du destin. Victime parce qu'il aime Doña Sol sans être aimé en retour, condamné par son âge et par l'arrivée d'Hernani ; agent parce qu'il choisit librement de sonner le cor le soir des noces, refusant toute pitié. Son inflexibilité n'est pas simple méchanceté : elle révèle un personnage qui a fait de l'honneur une religion, et qui préfère détruire ce qu'il aime plutôt que de se renier. En ce sens, il personnifie la loi inexorable qui broie les individus — une figure presque allégorique du destin antique réincarné dans un cadre espagnol et romantique.

Doña Sol : la fatalité de l'amour absolu

Doña Sol est la seule des grandes figures de la pièce dont la fatalité ne vient ni d'un serment ni d'une vengeance, mais de l'amour lui-même. Son attachement à Hernani est total et ne souffre aucun compromis. Lorsqu'Hernani boit le poison au nom du serment, elle refuse de lui survivre et boit à son tour. Cet acte final transforme la mort en consommation de l'amour romantique : mourir ensemble, c'est la seule forme d'union que le monde leur a accordée. Hugo inscrit ici la tradition du couple maudit — de Roméo et Juliette à Tristan et Iseut — dans l'esthétique du drame romantique.

La fatalité comme critique sociale et politique

Il serait réducteur de lire la fatalité dans Hernani comme une simple mécanique tragique héritée des Anciens. Hugo, écrivant en 1830, au seuil d'une révolution, charge cette fatalité d'un sens politique. Si Hernani est condamné, c'est d'abord parce qu'un roi absolu a tué son père et l'a chassé de sa condition. Le destin individuel du héros est le produit d'une injustice historique et sociale. En montrant des personnages broyés par des serments, des hiérarchies et des lois d'honneur surannées, Hugo suggère que la fatalité n'est pas divine — elle est humaine, et donc transformable. C'est là toute l'ambiguïté du romantisme hugolien : dénoncer un ordre fatal tout en le mettant en scène avec une puissance qui le rend presque sublime.

Quiz
Teste tes connaissances sur Hernani
QCM · corrigé automatiquement
Commencer le quiz →
0 / 17