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Phèdre
Classicisme Prose Bac Section 8 / 17

Œnone - Analyse du personnage

Personnages · Jean Racine
Claire Beaumont
3 min de lecture · 24 May 2026

Dans Phèdre (1677), Jean Racine construit autour de son héroïne éponyme un réseau de personnages dont Œnone est le pivot le plus dramatiquement chargé. Nourrice depuis l'enfance de Phèdre, épouse de Thésée rongée par une passion coupable pour son beau-fils Hippolyte, Œnone n'est pas une simple confidente de convention classique. Elle est le bras agissant d'une volonté que Phèdre, paralysée par la honte et le désir, ne peut assumer seule.

Une présence avant tout affective

Dès le premier acte, Œnone s'impose moins par ses attributs extérieurs que par l'intensité de son attachement. Elle supplie Phèdre de vivre, invoquant leur lien maternel et les devoirs envers ses enfants. Cet amour nourricier est réel, et c'est précisément sa sincérité qui rend la suite si tragique : Œnone ne commet pas ses fautes par malice, mais par excès de protection. Racine installe ainsi d'emblée une figure dont la loyauté même sera le vecteur du mal.

Le passage à la faute : un dévouement sans limite morale

Le tournant décisif survient à l'acte III, lorsque le retour inopiné de Thésée, que l'on croyait mort, contraint Œnone à trouver une issue à la situation insoutenable dans laquelle sa maîtresse s'est placée. C'est elle qui propose d'accuser Hippolyte d'avoir lui-même tenté de séduire Phèdre — renversant la culpabilité réelle pour protéger celle qu'elle aime. La formule qu'elle utilise pour convaincre Phèdre est révélatrice : elle lui présente le mensonge comme un devoir envers elle-même et ses enfants, habillant la calomnie en acte de raison. Ce faisant, Racine montre qu'Œnone ne manque pas de conscience morale — elle sait ce qu'elle fait — mais qu'elle la subordonne entièrement à la survie de Phèdre. Le dévouement absolu, privé de tout repère éthique extérieur, devient une forme de folie douce et meurtrière.

Le bouc émissaire et le miroir de Phèdre

Phèdre, accablée par la mort d'Hippolyte qu'elle a indirectement causée, se retourne contre Œnone avec une violence qui stupéfie. Elle la chasse, lui impute toute la responsabilité du crime, et refuse d'entendre ses protestations. Cette rupture est moralement ambiguë : Phèdre n'est pas entièrement de mauvaise foi — Œnone a bien initié la calomnie — mais elle rejette sur sa nourrice un poids de culpabilité qui lui appartient aussi. Œnone se noie alors, morte sans réhabilitation, sans que Racine lui accorde le moindre geste de rédemption. Ce dénouement silencieux est significatif : dans la logique janséniste qui irrigue la tragédie racinienne, le dévouement humain, si intense soit-il, ne saurait tenir lieu de grâce.

Une fonction thématique irremplaçable

Œnone n'est pas simplement l'instrument de la catastrophe : elle en est le révélateur. Sans elle, la passion de Phèdre resterait peut-être tue, consumant son objet dans le silence. C'est Œnone qui la tire vers le langage, vers l'aveu, vers l'action — et ce faisant, vers l'irréparable. Elle figure ainsi l'idée que l'amour humain, même le plus pur dans ses intentions, peut engendrer le désastre dès lors qu'il s'affranchit de la loi morale. Face à la culpabilité sublime de Phèdre, Œnone représente une culpabilité plus ordinaire et plus glaçante : celle du bon sens qui fait le mal.

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