clairelit.fr clairelit
Progression
0 / 17
Phèdre
Classicisme Prose Bac Section 9 / 17

Théramène - Analyse du personnage

Personnages · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 28 May 2026

Dans Phèdre (1677) de Jean Racine, Théramène occupe une position singulière : gouverneur et confident d'Hippolyte, fils de Thésée, il est le personnage qui ouvre la pièce et celui qui, au dénouement, en prononce les dernières paroles décisives. Loin d'être un simple messager, il constitue un regard extérieur sur la tragédie, un témoin dont la lucidité mesure, par contraste, l'aveuglement fatal des protagonistes.

Un confident actif, non un simple écho

Dès la première scène, Théramène interroge Hippolyte sur les raisons de son départ précipité d'Trézène. Ce faisant, il remplit la fonction dramaturgique du confident classique : exposer la situation au spectateur. Mais Racine lui prête une voix propre. Lorsqu'Hippolyte avoue son amour pour Aricie, c'est Théramène qui lui fait admettre ce sentiment en soulignant les contradictions de son comportement. Il n'enregistre pas, il questionne. Cette légère pression dramatique révèle un homme de jugement, non un écho complaisant.

La sagesse face aux passions

Théramène représente dans la pièce la voix de la mesure et de l'expérience. Face à l'emportement d'Hippolyte, face à la douleur de Phèdre que le spectateur perçoit de loin, il maintient une posture de conseiller attentif. Il connaît le monde — les exploits de Thésée, les dangers de la mer, les ruses des dieux — et ce savoir le distingue des autres personnages enfermés dans leurs passions. Pourtant, cette sagesse ne lui confère aucun pouvoir réel sur le cours des événements : il observe, avertit, accompagne, sans pouvoir infléchir le destin.

Le récit de la mort d'Hippolyte : apogée dramatique

Le sommet du personnage est indissociable du récit qu'il livre à Thésée à l'acte V, scène 6. Ce long passage en vers alexandrins — l'un des plus admirés de tout le répertoire racinien — décrit la mort d'Hippolyte, emporté par les chevaux affolés par le monstre surgi de la mer. Racine y concentre toute la violence et la démesure du mythe antique que la bienséance classique interdisait de représenter sur scène. La précision visuelle de la narration (Le flot qui l'apporta recule épouvanté, acte V, scène 6) transforme Théramène en voix épique au sein d'une dramaturgie fondée sur la retenue. Sa douleur de témoin et de père adoptif donne au récit une charge émotionnelle qui transcende la simple fonction de messager.

Un personnage en deuil

La dimension la plus profonde de Théramène tient peut-être à sa solitude finale. Il a élevé Hippolyte, l'a accompagné dans ses voyages, s'est soucié de son bonheur amoureux avec Aricie. La mort du jeune prince est pour lui une perte personnelle autant qu'un événement tragique à rapporter. Lorsqu'il s'adresse à Thésée pour lui annoncer la catastrophe, c'est un homme brisé qui parle, non un messager neutre. Cette dimension affective lui confère une humanité rare parmi les personnages raciniens, souvent réduits à leur passion dominante.

Fonction thématique : le témoin de la démesure divine

Dans l'économie thématique de la pièce, Théramène incarne la part humaine et raisonnée qui regarde s'accomplir la vengeance des dieux. Il représente l'ordre du monde — la loyauté, la mémoire, le récit — face au désordre des passions que Vénus et Neptune déchaînent sur la maison de Thésée. Sa survie au dénouement n'est pas un hasard dramaturgique : il reste pour témoigner, pour que la catastrophe ne soit pas muette.

Quiz
Teste tes connaissances sur Phèdre
QCM · corrigé automatiquement
Commencer le quiz →
0 / 17