clairelit.fr clairelit
Progression
0 / 17
Phèdre
Classicisme Prose Bac Section 15 / 17

La mort comme issue tragique

Thèmes & motifs · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 20 June 2026

Dans Phèdre (1677), Jean Racine fait de la mort bien davantage qu'un dénouement : elle est la logique profonde de la tragédie, présente dès les premiers vers comme un horizon inévitable. Loin d'être un accident, la mort constitue la réponse que la pièce apporte à la question brûlante de la faute — amoureuse, morale et divine. Elle s'impose à chaque personnage comme l'unique sortie d'un monde où la passion a tout corrompu.

Une présence dès l'ouverture : mourir avant d'avoir agi

Dès le premier acte, Phèdre apparaît comme une femme qui se meurt. Avant même d'avoir avoué son amour interdit pour Hippolyte — son beau-fils, fils de Thésée son époux —, elle décrit son existence comme un lent dépérissement. Elle fuit la lumière, refuse de se nourrir, laisse son corps se consumer. Cette mort en cours signale que la passion coupable ne peut coexister avec la vie : la honte de désirer l'impossible ronge Phèdre de l'intérieur. Racine pose ainsi une équivalence fondamentale entre faute et mort, bien avant que quiconque n'ait péri sur scène.

La fausse nouvelle de la mort de Thésée, rapportée à l'acte II, joue un rôle déterminant : c'est elle qui libère momentanément Phèdre de ses scrupules et l'autorise à avouer sa passion à Hippolyte. La mort — même fictive — agit ici comme une permission tragique, comme si seule la disparition de l'ordre légitime pouvait laisser parler le désir. Le retour de Thésée, vivant, referme aussitôt ce bref espace et précipite la catastrophe.

Hippolyte, victime d'une mort imméritée

La mort d'Hippolyte, fils vertueux injustement accusé, concentre toute la cruauté du destin racinien. Phèdre, après le rejet que lui inflige le jeune homme, laisse Œnone sa nourrice calomnier Hippolyte auprès de Thésée. Le père, aveuglé par la jalousie et la trahison supposée, invoque Neptune pour que le dieu punisse son fils. Le récit de Théramène, au dernier acte, décrit la mort d'Hippolyte avec une précision épique qui transforme la scène en tableau d'horreur : un monstre marin surgit des flots, les chevaux s'emballent, le corps du jeune homme est déchiqueté. Cette mort spectaculaire n'est pas seulement pathétique — elle est la preuve que les innocents ne sont pas épargnés dans un univers gouverné par des dieux implacables.

Le suicide de Phèdre : la mort comme aveu et expiation

Le dénouement repose entièrement sur la mort volontaire de Phèdre. Elle s'empoisonne — on apprend qu'elle a absorbé un poison avant d'entrer en scène pour son ultime apparition — et choisit de mourir après avoir révélé la vérité à Thésée : Hippolyte était innocent, et c'est elle, Phèdre, qui portait la faute. Ce suicide n'est pas une fuite : c'est un acte de parole ultime. En mourant, Phèdre rétablit la vérité, réhabilite la mémoire d'Hippolyte et accepte la condamnation que les dieux avaient prononcée sur elle. La mort devient ici l'unique forme de justice accessible dans un monde où les dieux punissent sans discernement.

Racine hérite de la tradition grecque — notamment d'Euripide — mais infléchit la trajectoire de son héroïne vers une conscience morale plus aiguë : Phèdre sait qu'elle est coupable, elle ne se défend pas, elle expie. La mort n'est pas subie : elle est choisie comme la seule réponse digne à l'indignité de la passion. C'est en cela que Phèdre illustre le paradoxe du classicisme : la règle et la bienséance exigent que l'ordre soit rétabli, et seul le sang peut payer le désordre que la passion a semé.

Quiz
Teste tes connaissances sur Phèdre
QCM · corrigé automatiquement
Commencer le quiz →
0 / 17