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Phèdre
Classicisme Prose Bac Section 16 / 17

Les dieux et la fatalité divine

Thèmes & motifs · Jean Racine
Claire Beaumont
3 min de lecture · 26 June 2026

Dans Phèdre (1677), Jean Racine fait des dieux bien plus qu'un décor mythologique hérité de l'Antiquité. Ils sont la cause première du malheur, la force qui précède et dépasse toute décision humaine. La tragédie s'ouvre ainsi sur un monde déjà condamné, où la liberté des personnages n'est qu'une illusion douloureuse.

Une malédiction héréditaire : les dieux comme origine

Phèdre — fille de Minos, roi des Enfers, et de Pasiphaé — porte en elle une lignée maudite. Dès le premier acte, elle rappelle que Vénus, déesse de l'amour, s'acharne sur toute sa race depuis des générations : sa mère avant elle a été frappée d'une passion monstrueuse, et c'est le même dieu qui allume maintenant en elle un désir coupable pour Hippolyte, son beau-fils. Racine exprime cela par la voix de Phèdre elle-même : C'est Vénus tout entière à sa proie attachée (acte I, scène 3). Le verbe « attachée » dit tout : Phèdre n'est pas une pécheresse qui choisit le mal, elle est une proie saisie par une puissance qui la surplombe. La culpabilité morale se heurte ainsi, dès l'exposition, à une innocence ontologique.

Neptune et la prière fatale de Thésée

Le mécanisme de la fatalité divine atteint son paroxysme au quatrième acte, lorsque Thésée — père d'Hippolyte et époux de Phèdre — croit au mensonge d'Œnone et invoque Neptune pour punir son fils. Le dieu avait accordé à Thésée la possibilité de formuler trois vœux irrévocables ; Thésée en use pour condamner Hippolyte à mort. Ce geste révèle une cruelle ironie tragique : c'est l'amour paternel perverti par la calomnie qui déclenche la punition divine. Les dieux ne font qu'exaucer une demande humaine — mais avec une exactitude implacable qui ne laisse aucune place au repentir. La mort d'Hippolyte, rapportée par Théramène au cinquième acte dans un long récit qui décrit le monstre marin surgissant des flots, est la manifestation physique, spectaculaire, de cette mécanique céleste.

Les dieux comme miroir de la condition humaine

Ce que Racine construit à travers la fatalité divine, c'est moins une théologie qu'une réflexion sur l'impuissance de l'homme face à ses propres passions. Les dieux externalisent ce que Phèdre ne peut pas nommer autrement : un désir qu'elle réprouve mais qu'elle ne peut éteindre. Accuser Vénus, c'est aussi se reconnaître incapable de se gouverner soi-même. Cette tension entre la faute et la fatalité est précisément ce qui fait la grandeur tragique du personnage — et ce qui rattache Phèdre à la pensée janséniste qui imprégnait Racine : l'homme est faible, la grâce est refusée à certains, et rien ne sauve qui n'est pas sauvé.

Un monde sans recours

Contrairement à la tragédie grecque où les dieux peuvent parfois être fléchis ou apaisés, les dieux raciniens demeurent sourds. Phèdre prie, souffre, avoue — et meurt empoisonnée, sans que le ciel lui accorde le moindre signe de pitié. Cette absence de clémence divine fait de Phèdre une tragédie de la déréliction : les personnages évoluent dans un univers où la justice céleste et la miséricorde sont deux réalités incompatibles, et où l'innocence — celle d'Hippolyte, celle peut-être de Phèdre elle-même — ne constitue aucune protection.

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