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Dom Juan
Classicisme Prose Bac Section 2 / 18

Dom Juan - Fiche de lecture

Fiche de lecture · Molière
Claire Beaumont
9 min de lecture · 12 May 2026

Dom Juan est une pièce de théâtre en cinq actes écrite en prose, ce qui la distingue des grandes comédies versifiées de Molière. L'action se déroule en Sicile, sur une durée resserrée de quelques jours, dans des lieux successifs — bord de mer, forêt, intérieur d'un palais — qui donnent à la pièce une structure itinérante inhabituelle pour le théâtre classique. Le spectateur suit Dom Juan à travers le regard tantôt complice, tantôt effrayé de son valet Sganarelle, qui commente les actions de son maître avec un mélange de réprobation morale et de lâcheté comique. Le ton oscille entre la farce, le débat philosophique et le fantastique, créant une œuvre inclassable qui défie les conventions du genre.

Acte I

La pièce s'ouvre sur un éloge paradoxal du tabac prononcé par Sganarelle, valet de Dom Juan, qui discute avec Gusman, écuyer d'Elvire. Gusman s'étonne que Dom Juan ait quitté Done Elvire, son épouse, après l'avoir arrachée à un couvent pour l'épouser. Sganarelle, tout en déplorant la conduite de son maître, dresse de lui un portrait accablant : Dom Juan est un séducteur insatiable, un impie qui ne croit ni au Ciel ni à l'enfer, un homme pour qui le mariage n'est qu'un instrument de conquête. Il le compare à un « épouseur à toutes mains » dont la passion n'a d'autre loi que le désir.

Dom Juan paraît et confirme cette peinture avec une éloquence provocatrice. Il expose sa philosophie de l'inconstance amoureuse : la fidélité est une mort du désir, et le véritable plaisir réside dans la conquête perpétuelle. Il confie à Sganarelle son nouveau projet : séduire une jeune fiancée qu'il a aperçue lors d'une promenade en barque, et dont il compte séparer le couple. Survient alors Done Elvire elle-même, venue demander des comptes à son époux. Dom Juan, d'abord silencieux, lui répond avec une mauvaise foi cynique : il prétend avoir eu un remords religieux en l'enlevant du couvent et craint la colère du Ciel. Elvire, blessée et lucide, lui annonce que le Ciel le punira et quitte la scène. Sganarelle, qui n'ose jamais contredire ouvertement son maître, exprime sa désapprobation par des détours comiques.

Acte II

L'acte se déroule au bord de la mer, dans un décor champêtre. Dom Juan et Sganarelle ont fait naufrage — la barque destinée à l'enlèvement de la jeune fiancée a sombré. Le paysan Pierrot raconte à sa fiancée Charlotte comment il a sauvé deux hommes de la noyade. Pierrot se plaint de la froideur de Charlotte à son égard et lui reproche de ne pas répondre à son amour malgré les cadeaux qu'il lui offre.

Dom Juan, à peine rescapé, entreprend immédiatement de séduire Charlotte. Il la flatte sur sa beauté, critique la rusticité de Pierrot et lui promet le mariage. Charlotte, d'abord résistante, se laisse peu à peu convaincre par les belles paroles du gentilhomme. Pierrot intervient pour défendre ses droits, mais Dom Juan le repousse brutalement et le gifle. La situation se complique quand survient Mathurine, une autre paysanne à qui Dom Juan a déjà fait des promesses semblables. Les deux femmes s'affrontent, et Dom Juan, avec une virtuosité d'imposteur, parvient à rassurer chacune séparément par des apartés contradictoires, promettant le mariage à l'une comme à l'autre.

La Ramée, un serviteur, vient avertir Dom Juan que douze hommes à cheval le recherchent — ce sont les frères de Done Elvire qui veulent venger l'honneur de leur sœur. Dom Juan décide de fuir en échangeant ses vêtements avec Sganarelle, procédé comique qui inverse provisoirement les apparences sociales.

Acte III

Dom Juan et Sganarelle traversent une forêt, déguisés — Dom Juan en habit de campagne, Sganarelle en médecin. Ce déguisement donne lieu à un dialogue sur la médecine et sur la foi. Dom Juan, interrogé par son valet, affirme ne croire qu'en l'arithmétique : il rejette le Ciel, l'enfer, le diable et l'au-delà. Sganarelle tente de démontrer l'existence de Dieu par un raisonnement sur la beauté de la création, mais s'embrouille et tombe en achevant sa démonstration, ce qui produit un effet comique qui dégonfle la portée de son argument.

Ils rencontrent un Pauvre, un ermite qui prie Dieu et vit d'aumônes. Dom Juan lui propose un louis d'or à condition qu'il jure — qu'il blasphème. Le Pauvre refuse obstinément malgré sa misère. Dom Juan finit par lui donner la pièce « pour l'amour de l'humanité », formule provocatrice qui affirme une morale purement humaine contre la charité chrétienne. Cette scène, l'une des plus célèbres de la pièce, fut censurée dès les premières représentations.

Dom Juan aperçoit ensuite un homme attaqué par trois voleurs et intervient courageusement pour le sauver. Cet homme se révèle être Dom Carlos, l'un des frères d'Elvire, qui cherchait justement Dom Juan pour le provoquer en duel. La situation crée un dilemme d'honneur : Dom Carlos se sent redevable envers celui qu'il devait combattre. Son frère Dom Alonse survient et veut tuer Dom Juan immédiatement, mais Dom Carlos obtient un sursis au nom de la dette qu'il vient de contracter. Dom Juan accepte le combat, mais le repousse à plus tard avec une désinvolture aristocratique.

L'acte se termine par la découverte du tombeau du Commandeur, un homme que Dom Juan a tué en duel autrefois. Par défi et par bravade, Dom Juan ordonne à Sganarelle d'inviter la statue du Commandeur à souper. La statue incline la tête pour accepter l'invitation. Sganarelle est terrifié ; Dom Juan, imperturbable, refuse d'accorder un sens surnaturel à ce prodige.

Acte IV

L'action se déplace dans l'appartement de Dom Juan. L'acte est structuré comme une série de visites importunes auxquelles le protagoniste doit faire face. D'abord, son créancier Monsieur Dimanche se présente pour réclamer l'argent qu'on lui doit. Dom Juan le reçoit avec une politesse exagérée et envahissante, multipliant les questions sur sa santé, sa famille, le complimentant sans relâche, de sorte que Dimanche ne parvient jamais à formuler sa demande et finit par partir sans avoir rien obtenu. La scène est un morceau de comédie pure qui illustre la manipulation sociale exercée par Dom Juan grâce à son rang.

Survient ensuite Dom Louis, père de Dom Juan. Le vieillard adresse à son fils un discours solennel et douloureux : il lui reproche sa vie de débauche, rappelle que la noblesse sans vertu n'est rien et affirme qu'un fils indigne est une honte pire que l'absence d'héritier. Dom Juan écoute avec une insolence glaciale et déclare, une fois son père sorti, qu'il souhaite sa mort.

Done Elvire revient, transfigurée. Elle n'est plus la femme blessée de l'acte I mais une figure de renoncement et de charité chrétienne. Elle supplie Dom Juan de se repentir pour sauver son âme, annonçant qu'elle-même va retourner au couvent. Sa sincérité émeut brièvement Dom Juan — non par remords mais par un dernier sursaut de désir devant sa beauté mélancolique. Sganarelle, lui, est touché aux larmes.

La soirée s'achève par le souper. La statue du Commandeur entre dans la salle — une apparition surnaturelle qui glace Sganarelle d'effroi. La statue ne mange pas mais invite à son tour Dom Juan à souper le lendemain. Dom Juan, fidèle à sa posture de défi, accepte sans trembler.

Acte V

L'acte final commence par un coup de théâtre moral. Dom Juan annonce à son père Dom Louis qu'il s'est converti : il renonce à ses erreurs passées et veut mener une vie pieuse. Dom Louis, bouleversé de joie, remercie le Ciel. Mais dès que son père est parti, Dom Juan révèle à Sganarelle que cette conversion est une imposture calculée. Il a choisi l'hypocrisie religieuse comme stratégie sociale : en se donnant les apparences de la dévotion, il pourra continuer ses vices en toute impunité, protégé par le masque de la piété. Il prononce alors un éloge cynique de l'hypocrisie, dénonçant au passage la cabale des faux dévots qui se couvrent mutuellement. Ce discours constitue l'une des attaques les plus directes de Molière contre la société dévote de son temps.

Dom Carlos se présente pour régler l'affaire d'honneur : il demande à Dom Juan de reprendre Elvire comme épouse ou de se battre. Dom Juan invoque sa prétendue conversion pour refuser le duel — le Ciel, dit-il, lui interdit désormais la violence. Dom Carlos, indigné par cette mauvaise foi, annonce qu'il trouvera le moyen de l'obliger à se battre.

Les avertissements surnaturels se multiplient. Un Spectre apparaît à Dom Juan sous la forme d'une femme voilée, puis se transforme en figure du Temps armée d'une faux, l'exhortant à se repentir avant qu'il ne soit trop tard. Dom Juan refuse et veut frapper le fantôme de son épée ; le Spectre disparaît. Enfin, la statue du Commandeur paraît une dernière fois. Elle tend la main à Dom Juan et lui demande s'il se repent. Dom Juan refuse. La statue lui serre la main ; Dom Juan est saisi par un feu invisible, la terre s'ouvre et l'engloutit dans les flammes. Sganarelle, resté seul, se lamente — non sur la damnation de son maître, mais sur ses gages impayés. Ce cri final, à la fois comique et dérisoire, clôt la pièce sur une note ambiguë qui mêle le châtiment divin au trivial de la condition de valet.

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