clairelit.fr clairelit
Progression
0 / 18
Dom Juan
Classicisme Prose Bac Section 9 / 18

Pierrot - Analyse du personnage

Personnages · Molière
Claire Beaumont
3 min de lecture · 27 May 2026

Pierrot n'occupe que quelques scènes dans Dom Juan de Molière (1665), mais son passage laisse une empreinte durable. Simple paysan qui a tiré Dom Juan des eaux, il appartient au registre comique traditionnel de la farce — son prénom même convoque le personnage de la commedia dell'arte. Pourtant, derrière le personnage pittoresque se dessine une figure morale d'une cohérence inattendue.

Un paysan de farce, mais pas seulement

Pierrot est présenté à l'acte II comme un homme du peuple amoureux de Charlotte, une paysanne que Dom Juan va immédiatement tenter de séduire. Son langage patois, truffé de déformations phonétiques et de tournures populaires, le situe au bas de la hiérarchie sociale et déclenche le rire du public. Dans la scène 1 de l'acte II, il raconte avec emphase et maladresse comment lui et son compagnon Piarrot ont repêché Dom Juan à moitié noyé : le récit est laborieux, répétitif, et Molière exploite pleinement le comique de ce témoignage naïf. Mais cette naïveté même est une qualité : Pierrot dit la vérité, sans détour ni calcul.

La trahison comme révélateur

La scène 2 du même acte est la plus signifiante. Dom Juan, loin de toute gratitude, fait la cour à Charlotte devant Pierrot lui-même. Ce dernier proteste, rappelle qu'il a sauvé le noble de la mort et qu'il est le promis de Charlotte. Dom Juan le repousse physiquement à chaque fois qu'il tente de s'interposer. La réplique célèbre Touche pas à ça — dans sa formulation dialectale — concentre tout le drame : un homme simple qui n'a pour armes que ses mots et sa présence corporelle face à un aristocrate qui use de son rang comme d'un droit absolu. Molière fait d'une scène de farce un tableau de l'oppression sociale.

Une morale sans discours

Ce qui distingue Pierrot des autres personnages qui gravitent autour de Dom Juan, c'est qu'il n'essaie pas de raisonner le libertin. Il ne tient pas de sermon, contrairement à Sganarelle ou à Don Louis. Sa résistance est instinctive, viscérale : il aime Charlotte, il a rendu service, il exige simplement qu'on le respecte. En ce sens, il incarne une éthique naturelle, antérieure à toute construction théologique ou philosophique, que Dom Juan bafoue avec une désinvolture d'autant plus choquante. La lâcheté de Charlotte, qui cède rapidement aux avances du séducteur, laisse d'ailleurs Pierrot seul dans sa dignité — ce qui accentue encore son isolement et sa sincérité.

Une figure de la justice bafouée

Pierrot disparaît aussi vite qu'il est apparu, sans que nul ne lui rende justice. Cet effacement est lui-même signifiant : dans l'univers de Dom Juan, les victimes du libertin ne trouvent pas de réparation humaine. Les paysans floués, les créanciers ruinés, les femmes abandonnées constituent une liste silencieuse que la pièce accumule sans les résoudre. La punition finale de Dom Juan par le Commandeur est divine, non sociale — et Pierrot n'en voit pas la couleur. Molière utilise ainsi ce personnage en apparence mineur pour pointer une faille que les personnages nobles n'osent pas nommer : l'aristocratie de Dom Juan ne lui donne aucun droit sur les autres, mais lui en confère tous les moyens.

Quiz
Teste tes connaissances sur Dom Juan
QCM · corrigé automatiquement
Commencer le quiz →
0 / 18