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Dom Juan
Classicisme Prose Bac Section 14 / 18

La séduction et la conquête amoureuse

Thèmes & motifs · Molière
Claire Beaumont
3 min de lecture · 13 June 2026

Dans Dom Juan (1665), Molière fait de la séduction non pas un sentiment amoureux mais une philosophie de vie — ou plutôt une philosophie de la domination. Dès l'ouverture de la pièce, Sganarelle, le valet de Dom Juan, dresse un portrait de son maître qui pose d'emblée la tonalité : le libertin est comparé à un conquérant insatiable, incapable de se fixer, courant de femme en femme comme d'autres courent après la gloire. La séduction est ici présentée comme un mouvement perpétuel, une fuite en avant qui dit autant sur l'impossibilité d'aimer que sur la soif de vaincre.

Le langage comme arme de conquête

L'acte II est le laboratoire de la rhétorique séductrice de Dom Juan. Face aux deux paysannes Charlotte et Mathurine — qu'il courtise simultanément sans qu'aucune ne le sache —, il déploie un discours de pure persuasion, promettant à chacune le mariage avec la même conviction apparente. La célèbre scène où les deux jeunes femmes l'interrogent ensemble (acte II, scène 4) révèle le mécanisme : Dom Juan, loin de se démonter, improvise, esquive, retourne la situation. Ce qui frappe, c'est la virtuosité du mensonge, son caractère presque esthétique. Molière montre que la parole du séducteur ne vise pas à dire le vrai mais à produire un effet — convaincre, éblouir, paralyser le jugement de l'autre.

Ce rapport au langage est encore plus explicite dans le célèbre monologue de l'acte I, scène 2, où Dom Juan explique à Sganarelle sa conception de la conquête amoureuse. Il compare le fait de se lier à une seule femme à une mort civile, et affirme que la beauté des autres femmes a sur lui des droits à nous toucher le cœur. L'argument est rhétoriquement construit pour paraître généreux — presque philosophique —, alors qu'il ne justifie qu'un égoïsme absolu. La séduction est ici théorisée, revendiquée comme une forme de liberté supérieure.

Séduire pour ne jamais céder

La scène avec Done Elvire (acte I, scène 3) éclaire un autre versant du motif : la séduction passée comme crime présent. Elvire, que Dom Juan a arrachée à un couvent pour l'épouser puis abandonnée, vient demander des comptes. La réponse de Dom Juan — qui pousse Sganarelle à parler à sa place avant de se réfugier dans une excuse religieuse grotesque — révèle que le libertin n'assume jamais les conséquences de sa conquête. Séduire, c'est prendre ; une fois la proie acquise, l'intérêt s'évanouit. Ce schéma se répète avec Charlotte, Mathurine, et même avec la statue du Commandeur qu'il défie : toute résistance l'attire, toute capitulation l'ennuie.

La séduction comme symptôme d'un vide

Le motif de la conquête amoureuse est indissociable de la question de la foi et de la mort qui traversent la pièce. Dom Juan séduit les femmes avec la même désinvolture qu'il défie Dieu : dans les deux cas, il s'agit d'affirmer une toute-puissance du moi face à toute loi. Mais Molière construit une ironie souterraine : cet homme qui prétend tout posséder ne possède rien durablement. La statue du Commandeur — père de la femme qu'il a tuée — vient réclamer ce que la séduction a détruit. Le châtiment final n'est pas seulement moral ; il est la réponse symétrique à une vie entière consacrée à l'illusion de la conquête.

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