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Dom Juan
Classicisme Prose Bac Section 18 / 18

L'hypocrisie sociale

Thèmes & motifs · Molière
Claire Beaumont
4 min de lecture · 4 July 2026

Dans Dom Juan (1665), Molière ne se contente pas de portraiturer un séducteur impénitent : il dresse le tableau d'une société entière fondée sur le paraître. L'hypocrisie sociale traverse la pièce de bout en bout et finit par en constituer le véritable scandale — plus encore que les frasques du héros.

Un libertin qui démasque les masques

Dès l'acte I, Sganarelle — le valet de Dom Juan — brosse un portrait ambigu de son maître en le décrivant comme le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté. Cette entrée en matière signale d'emblée que Dom Juan ne joue pas le jeu des convenances. Là où la noblesse de son époque affiche piété et vertu, lui revendique ouvertement son libertinage. Paradoxalement, c'est cet affichage de la vérité — si choquante soit-elle — qui met en lumière l'imposture de ceux qui l'entourent.

La scène avec M. Dimanche (acte IV, scène 3) en offre une illustration savoureuse. Dom Juan reçoit son créancier avec une amabilité exagérée, multiplie les questions affectueuses sur sa famille, et parvient ainsi à congédier l'homme sans lui rembourser un sou. La politesse devient ici un instrument de duperie : les belles manières servent à museler la réclamation légitime d'un bourgeois. Molière révèle que la courtoisie aristocratique n'est souvent qu'une violence déguisée en élégance.

La grande scène du « Pauvre » : la charité comme calcul

L'acte III, scène 2 — la rencontre avec le Pauvre — pousse la critique encore plus loin. Dom Juan propose un louis d'or à un mendiant à condition qu'il blasphème. Le Pauvre refuse, et Dom Juan lui donne la pièce pour l'amour de l'humanité. La formule est célèbre parce qu'elle inverse le fondement chrétien de la charité : on donne non « pour l'amour de Dieu » mais pour une valeur purement humaine. Ce renversement est aussi une satire implicite des dévots qui font l'aumône pour être vus et récompensés dans l'au-delà — une générosité qui n'est, elle aussi, qu'un calcul.

La conversion finale, sommet de la dénonciation

C'est à l'acte V que la critique atteint son point culminant. Dom Juan annonce à son père, Dom Louis, qu'il s'est « converti » et embrasse la dévotion. Mais dans la scène 2 du même acte, il confie à Sganarelle que cette conversion n'est qu'une tartufferie — le mot est de lui — et un stratagème pour éviter les poursuites tout en préservant sa liberté. Il décrit avec une précision cynique comment l'habit du dévot permet de tout faire en toute impunité, transformant l'hypocrisie en vice à la mode.

Cette scène est déterminante : Molière y formule, par la bouche même du libertin, une charge frontale contre la dévotion hypocrite. Dom Juan ne devient pas meilleur ; il devient stratège. Et en adoptant le masque que la société valorise, il révèle que ce masque était déjà porté par d'autres avant lui.

Une société complice

Le dénouement — la mort de Dom Juan foudroyé par la statue du Commandeur — pourrait sembler rétablir l'ordre moral. Mais la dernière réplique de Sganarelle, qui pleure ses gages perdus plutôt que son maître, signale que la leçon n'a pas été entendue. L'hypocrisie survive au libertin : elle est structurelle, non individuelle. Molière suggère que ce n'est pas Dom Juan qui est le vrai danger, mais la société qui récompense ceux qui savent mieux que lui dissimuler leurs vices.

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