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Le Malade imaginaire
Classicisme Prose Bac Section 2 / 18

Le Malade imaginaire - Fiche de lecture

Fiche de lecture · Molière
Claire Beaumont
9 min de lecture · 13 May 2026

Le Malade imaginaire est une comédie en trois actes entrecoupée d'intermèdes musicaux et dansés. L'action se déroule entièrement dans la chambre d'Argan, bourgeois parisien persuadé d'être gravement malade. Le point de vue est celui du spectateur qui observe, dans un huis clos domestique, les manœuvres et contre-manœuvres de l'entourage d'Argan autour de sa monomanie. Le ton oscille entre la farce — avec ses déguisements, ses bastonnades verbales et ses lazzi — et une satire plus mordante dirigée contre le charlatanisme médical. La pièce s'inscrit dans la tradition de la comédie classique par sa structure régulière, mais la subvertit par l'omniprésence du spectacle dans le spectacle, depuis le prologue pastoral jusqu'à la cérémonie burlesque finale.

Prologue

La pièce s'ouvre sur un prologue chanté et dansé, une églogue allégorique en musique qui célèbre les victoires de Louis XIV. Des bergers et bergères invitent à profiter des plaisirs de la jeunesse et de l'amour, dans un cadre pastoral conventionnel. Ce prologue, apparemment étranger à l'intrigue, remplit la fonction de captatio du public dans le cadre de la comédie-ballet, tout en posant le thème du divertissement comme remède à la mélancolie — thème central de la pièce.

Acte I

Argan est seul en scène. Il additionne avec une minutie maniaque les mémoires de son apothicaire, Monsieur Fleurant, et de son médecin, Monsieur Purgon, réclamant lavements, purges et décoctions. Ce monologue inaugural révèle immédiatement l'obsession du personnage : il négocie chaque sou de ses remèdes tout en restant convaincu qu'il ne peut vivre sans eux. Son irritation monte lorsqu'il appelle sa servante Toinette, qui tarde à venir ; leur échange est marqué par l'insolence de la domestique, qui ne prend pas au sérieux les prétendus maux de son maître. Toinette incarne dès ce premier affrontement la voix de la raison comique, celle qui dit la vérité sous couvert d'impertinence.

Argan expose son projet : marier sa fille aînée Angélique à Thomas Diafoirus, fils d'un médecin, afin de disposer dans sa propre famille d'un praticien dévoué. Angélique est d'abord ravie d'entendre parler de mariage, car elle croit qu'il s'agit de Cléante, un jeune homme qu'elle a rencontré récemment et dont elle est tombée amoureuse. Le quiproquo se dénoue cruellement lorsqu'elle apprend l'identité du prétendant choisi par son père. Toinette s'oppose avec véhémence au projet, arguant qu'Angélique n'a pas besoin d'un mari médecin et qu'un tel mariage serait une folie. Argan, furieux, menace de la battre, mais la servante esquive et tient tête avec une agilité comique qui transforme la scène en poursuite burlesque.

Béline, la seconde épouse d'Argan, entre alors en scène. Elle se montre d'une douceur mielleuse envers son mari, l'appelant de petits noms affectueux, l'installant dans ses coussins avec une sollicitude exagérée. Argan, totalement dupe, lui annonce son intention de rédiger un testament. Béline, avec une feinte modestie, oriente adroitement la conversation vers la question de l'héritage, suggérant qu'Argan devrait déshériter ses filles au profit de leur amour conjugal. Elle fait venir un notaire, Monsieur de Bonnefoi, qui conseille à Argan divers subterfuges juridiques pour contourner la coutume de Paris et transmettre ses biens à sa femme. Toinette, qui assiste à la scène, perçoit clairement la cupidité de Béline mais ne peut encore la démasquer. Le premier intermède met en scène Polichinelle, amoureux de Toinette, qui chante une sérénade et se fait rosser par des archers du guet dans une scène farcesque ponctuée de musique.

Acte II

Cléante, l'amoureux d'Angélique, parvient à s'introduire chez Argan en se faisant passer pour le remplaçant du maître de musique de la jeune fille. C'est Toinette qui a facilité ce stratagème. Argan l'accueille sans méfiance, d'autant que la visite des Diafoirus est imminente et qu'il veut montrer les talents de sa fille. Thomas Diafoirus arrive avec son père, Monsieur Diafoirus. Thomas est un jeune homme gauche, pédant et récitant ses compliments comme des leçons apprises par cœur. Il adresse à Angélique un discours ampoulé, puis se trompe et commence à débiter le compliment destiné à Béline, avant de se reprendre maladroitement. Monsieur Diafoirus père vante les qualités de son fils en soulignant paradoxalement sa lenteur d'esprit comme gage de solidité intellectuelle — satire transparente de la médecine scolastique.

Cléante, toujours déguisé en maître de musique, propose de faire chanter à Angélique un petit opéra improvisé. Sous couvert de ce duo musical, les deux amants se déclarent leur flamme devant Argan, qui finit par trouver l'opéra inconvenant et interrompt la scène. Argan ordonne alors à Angélique de donner sa main à Thomas. La jeune fille refuse avec une fermeté polie mais nette, déclarant qu'elle ne peut obéir à cet ordre. Argan, hors de lui, lui impose un ultimatum : le couvent ou le mariage avec Thomas. Béline appuie cette menace avec un empressement révélateur.

La petite Louison, cadette d'Argan, est ensuite interrogée par son père qui veut savoir si un homme est venu auprès d'Angélique. Louison feint d'abord l'ignorance, puis, menacée, fait la morte dans une scène de comédie pure. Effrayé, Argan se lamente, et Louison ressuscite aussitôt pour avouer, partiellement, qu'un homme est bien venu rendre visite à sa sœur. Béralde, frère d'Argan, arrive enfin. Il tente de raisonner son frère sur sa manie médicale et sur le mariage projeté, mais Argan refuse d'écouter. Le deuxième intermède présente des Égyptiens en habits de Mores qui dansent et chantent, offrant un divertissement destiné à Argan pour le distraire de ses humeurs.

Acte III

Béralde reprend sa conversation avec Argan. Il développe une critique argumentée de la médecine : les médecins, dit-il, ne guérissent personne ; ils habillent leur ignorance d'un jargon latin et s'arrogent une autorité que rien ne justifie. Il invite Argan à se passer de leurs services et à faire confiance à la nature. Argan, scandalisé, objecte que son médecin Monsieur Purgon le soigne depuis des années. Survient alors Monsieur Fleurant, seringue à la main, prêt à administrer un lavement. Béralde le renvoie, et Argan est terrorisé par les conséquences de cette audace.

Monsieur Purgon entre effectivement en fureur. Dans une tirade d'imprécations médicales, il maudit Argan et lui prédit une dégradation inexorable de sa santé — de la bradypepsie à la dyspepsie, de l'apepsie à la lienterie, de la dysenterie à l'hydropisie — et conclut que cette cascade de maux le mènera à la mort dans quatre jours. Argan est épouvanté. Béralde tente de le rassurer en lui montrant l'absurdité de cette prophétie mécanique, mais son frère reste ébranlé.

Toinette met alors en œuvre un second stratagème. Elle se déguise en médecin itinérant et se présente à Argan comme un praticien célèbre âgé de quatre-vingt-dix ans, qui parcourt le monde pour trouver des malades dignes de son génie. Elle parodie les consultations médicales, contredit systématiquement les prescriptions de Purgon et propose des remèdes absurdes — notamment de couper un bras pour que l'autre se porte mieux, ou de se crever un œil pour mieux voir de l'autre. Argan, d'abord déconcerté, finit par trouver ce médecin un peu radical. La scène révèle à quel point sa crédulité est inébranlable : même la satire la plus grossière ne lui ouvre pas les yeux.

Béralde suggère alors un stratagème décisif pour détromper Argan à la fois sur Béline et sur Angélique : qu'il fasse le mort. Toinette met en scène cette ruse. Argan s'allonge et feint d'avoir trépassé. Béline est appelée. Loin de manifester du chagrin, elle laisse éclater son soulagement et sa joie. Elle se félicite d'être débarrassée de cet homme incommode et s'inquiète aussitôt de mettre la main sur l'argent avant que les filles n'arrivent. Argan, stupéfait, entend tout. Béline dévoile un mépris total pour celui qu'elle appelait quelques heures plus tôt son petit mari. Quand Angélique est appelée à son tour, elle se jette en pleurs au chevet de son père, exprime un chagrin profond et sincère, et déclare vouloir renoncer au monde — et même à Cléante — puisqu'elle a perdu celui qu'elle aimait le plus. Argan se relève. Le contraste entre les deux réactions est sans appel. Il chasse Béline, embrasse sa fille et consent enfin au mariage avec Cléante — à la condition, tenace, que celui-ci se fasse médecin.

Béralde propose une solution plus simple et plus réjouissante : qu'Argan se fasse médecin lui-même. La comédie s'achève par le troisième intermède, une cérémonie burlesque d'intronisation médicale entièrement en latin macaronique, au cours de laquelle Argan, en toge et bonnet, répond aux questions grotesques d'un chœur de docteurs en promettant de purger, saigner et clystériser tout malade qui se présentera. L'assemblée le reçoit docteur sous les vivats et les danses, et la pièce se clôt dans l'éclat d'un spectacle total qui fusionne farce, musique, ballet et satire.

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