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Le Malade imaginaire
Classicisme Prose Bac Section 4 / 18

Argan - Analyse du personnage

Personnages · Molière
Claire Beaumont
4 min de lecture · 14 May 2026

Le Malade imaginaire (1673), dernière comédie de Molière, s'ouvre sur une scène immédiatement révélatrice : Argan, seul en scène, additionne avec une satisfaction maniaque les ordonnances de son apothicaire, marchandant sou à sou chaque lavement et chaque saignée. Dès cette entrée en matière, le personnage est défini : riche bourgeois parisien, père de famille et malade — mais malade de façon uniquement imaginaire. Cette solitude initiale est programmatique ; Argan n'existe pleinement que dans la relation à sa maladie.

Un tyran domestique masqué par l'hypocondrie

L'hypocondrie d'Argan n'est pas une simple lubie comique : elle lui confère un pouvoir réel sur son entourage. Cloué dans son fauteuil, il convoque, congédie, exige et punit depuis ce trône de malade. La pièce montre comment la maladie imaginaire fonctionne comme instrument de domination : Argan projette de marier sa fille Angélique — amoureuse du jeune Cléante — à Thomas Diafoirus, fils d'un médecin médiocre, pour avoir un médecin dans la famille et se soigner à domicile gratuitement. Ce projet révèle que son hypocondrie n'est pas désintéressée ; elle organise toute la vie familiale à son profit.

La scène de la ceinture de Polichinelle, dans les intermèdes, prolonge d'ailleurs ce portrait en le burlesquisant : le corps d'Argan est à la fois le centre de toutes les attentions et le lieu de toutes les impostures.

La crédulité comme moteur dramatique

Ce qui rend Argan proprement ridicule — et dangereux —, c'est sa crédulité absolue face à la médecine. La scène de consultation avec les Diafoirus père et fils (acte II, scène 6) illustre parfaitement ce mécanisme : Thomas Diafoirus, candidat au mariage, débite un éloge ampoulé et grotesque d'Angélique en utilisant un vocabulaire anatomique absurde, et Argan reçoit ce discours comme un hommage. Son enthousiasme devant l'incompétence déguisée en science révèle que ce qu'il cherche dans la médecine n'est pas la guérison, mais la confirmation de sa maladie. Il a besoin d'être malade.

Molière radicalise cette idée dans la scène où Argan, poussé par Toinette déguisée en médecin, accepte de bon cœur qu'on lui arrache un œil ou qu'on lui coupe un bras pour « soulager » l'autre partie du corps. La satire cesse d'être seulement drôle : elle touche à quelque chose d'inquiétant dans la psychologie du personnage, une volonté obscure de souffrir.

Un père et un mari aveugle

Face à sa seconde épouse Béline, Argan est l'archétype du mari naïf : il la croit éperdument dévouée alors qu'elle ne songe qu'à hériter. La scène où Toinette et Béralde convainquent Argan de feindre la mort pour éprouver les sentiments de chacun (acte III) constitue le pivot de la pièce. Lorsqu'il entend Béline se réjouir de sa mort supposée, puis Angélique pleurer sincèrement, Argan sort pour la première fois de son aveuglement. Cette scène est la seule où il évolue vraiment : non pas guéri de son hypocondrie, mais rendu capable d'une forme de lucidité affective.

La médecine comme cible, Argan comme miroir

Argan ne serait qu'un bouffon si Molière n'en faisait pas le miroir d'une société entière disposée à croire les charlatans pourvu qu'ils parlent latin et portent robe noire. La cérémonie burlesque finale — où Argan est intronisé médecin au terme d'un rituel en latin de cuisine — est une farce, mais une farce amère : elle suggère que la médecine du temps est elle-même une comédie, et qu'il suffit d'en revêtir les habits pour en avoir les pouvoirs. Argan, en devenant médecin de carnaval, révèle que la frontière entre le vrai et le faux médecin n'est peut-être pas si nette.

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