La pièce se déroule entièrement dans la maison d'Orgon, riche bourgeois parisien, selon la règle classique de l'unité de lieu. L'action se concentre sur une journée. Molière construit une comédie où le personnage éponyme, Tartuffe, n'apparaît qu'au troisième acte — procédé dramaturgique qui permet aux autres personnages de le définir par leurs discours contradictoires avant son entrée en scène. Le ton oscille entre la farce, la satire sociale et la haute comédie, mêlant le rire à une réflexion profonde sur l'imposture et la crédulité.
La pièce s'ouvre sur le départ précipité de Madame Pernelle, mère d'Orgon, qui quitte la maison de son fils en adressant des reproches à chaque membre de la famille. Elle blâme Elmire, la seconde épouse d'Orgon, pour ses toilettes et ses dépenses ; elle critique Damis, le fils d'Orgon, qu'elle juge un sot ; elle reproche à Mariane, la fille d'Orgon, son air doux qui cacherait une âme dissimulée ; elle s'en prend à Dorine, la servante franche et impertinente, et à Cléante, le beau-frère d'Orgon, qu'elle accuse d'être un libre penseur. Pour Madame Pernelle, seul Tartuffe — un homme que la famille héberge — est un saint personnage dont tout le monde devrait suivre les leçons. Tous les autres membres de la maisonnée sont unanimes dans leur hostilité envers Tartuffe, qu'ils considèrent comme un hypocrite qui a pris un ascendant dangereux sur Orgon.
Après le départ de Madame Pernelle, Dorine et Cléante échangent sur la situation. Dorine brosse un portrait acerbe de Tartuffe : un homme arrivé en gueux dans la maison, qui y fait désormais le maître, régentant les conduites et censurant les plaisirs. Elle raconte comment Orgon l'a rencontré à l'église, admirant ses dévotions ostentatoires, et l'a installé chez lui en lui accordant une confiance absolue.
Orgon rentre d'un voyage à la campagne. Dans une scène célèbre, il interroge Dorine sur les nouvelles de la maison. Tandis que la servante lui décrit la fièvre et le malaise de sa femme Elmire, Orgon ne s'inquiète que de Tartuffe, répétant sans cesse Et Tartuffe ?
et s'extasiant de le savoir en bonne santé, bien nourri et bien reposé. Cette scène comique met en évidence l'aveuglement total d'Orgon, devenu insensible à ses proches. Cléante tente ensuite de raisonner son beau-frère, distinguant la vraie dévotion de l'hypocrisie, mais Orgon reste sourd à ses arguments et esquive la conversation en quittant la scène.
Orgon annonce à sa fille Mariane son intention de lui faire épouser Tartuffe. Mariane, qui aime le jeune Valère et a reçu la promesse d'être unie à lui, reste stupéfaite et paralysée par la soumission filiale. Elle ne parvient pas à s'opposer ouvertement à son père. Dorine intervient avec énergie, tentant de faire entendre raison à Orgon par l'ironie et la provocation. Elle lui représente le ridicule d'un tel mariage et le scandale qu'il causera. Orgon, irrité, menace plusieurs fois de la frapper, mais Dorine esquive et persiste dans ses remontrances avec une insolence calculée. Orgon finit par quitter la scène sans avoir renoncé à son projet.
Restée seule avec Mariane, Dorine la secoue et la pousse à résister. Mariane invoque le respect dû à un père, et sa timidité la porte à envisager le suicide plutôt que la révolte. Dorine se moque de cette résignation passive. Survient Valère, qui a appris la nouvelle. Une scène de dépit amoureux s'engage entre les deux jeunes gens : chacun, par fierté blessée, feint d'accepter la décision paternelle et pousse l'autre à consentir au mariage avec Tartuffe. Dorine met fin à leur querelle en les réconciliant et en élaborant un plan pour retarder le mariage. Elle compte mobiliser Elmire, Cléante et Damis pour faire échouer le projet d'Orgon.
Damis, fougueux et colérique, veut affronter Tartuffe directement. Dorine le supplie de se modérer et de laisser Elmire agir par la douceur. Elmire a en effet demandé un entretien avec Tartuffe pour le convaincre de renoncer au mariage avec Mariane. Damis se cache dans un cabinet attenant pour écouter la conversation.
Tartuffe paraît enfin sur scène. Son entrée est marquée par une réplique adressée à son valet Laurent, à qui il ordonne de ranger sa haire et sa discipline — accessoires de pénitence qu'il exhibe ostensiblement. En apercevant Dorine, il lui tend un mouchoir en lui demandant de couvrir son sein, réaction qui révèle à la fois sa pruderie affectée et son attention aux charmes féminins.
Elmire reçoit Tartuffe en tête-à-tête. L'imposteur, loin du détachement spirituel qu'il affiche, entreprend de lui déclarer sa flamme. Il mêle habilement le vocabulaire galant et le vocabulaire religieux, justifiant son désir par la beauté divine qui se reflète en Elmire. Il lui prend la main, touche le tissu de sa robe, et lui assure une discrétion absolue. Elmire, maîtresse d'elle-même, ne cède pas à l'indignation : elle propose un marché tacite — elle gardera le silence sur cette déclaration si Tartuffe favorise le mariage de Mariane avec Valère.
Mais Damis surgit du cabinet, hors de lui. Il a tout entendu et court révéler l'affaire à son père. Orgon arrive. Damis accuse Tartuffe avec véhémence. Tartuffe, avec un génie manipulateur, adopte la posture du pécheur humble : il s'accuse lui-même de tous les vices, se dit le pire des hommes, et demande à être chassé. Cette stratégie paradoxale fonctionne parfaitement sur Orgon, qui voit dans cette humilité une preuve de sainteté. Furieux contre Damis qu'il juge calomniateur, Orgon déshérite son fils et le chasse de la maison. Par réaction, il fait donation de tous ses biens à Tartuffe, renforçant ainsi l'emprise de l'imposteur.
Cléante tente de raisonner Tartuffe et de le pousser à réconcilier le père et le fils. Tartuffe élude avec des formules pieuses et se dérobe. Le mariage de Tartuffe et Mariane est imminent. Elmire décide alors de démasquer l'imposteur par une stratégie audacieuse. Elle propose à Orgon de se cacher sous une table et d'être témoin direct de l'hypocrisie de Tartuffe. Orgon, sûr de la vertu de son protégé, accepte le défi.
Elmire fait venir Tartuffe et joue la coquette. Elle feint d'être touchée par sa déclaration précédente et de vouloir céder à ses avances, à condition qu'il lui prouve la sincérité de ses sentiments. Tartuffe, d'abord méfiant — il craint un piège après l'incident avec Damis — se laisse peu à peu convaincre par l'insistance d'Elmire. Il entreprend de la séduire ouvertement, évoquant le secret et l'accommodement du Ciel avec les péchés cachés. Elmire tousse à plusieurs reprises pour signaler à Orgon d'intervenir, mais celui-ci, pétrifié sous la table, tarde à réagir. Quand Tartuffe s'apprête à passer à l'acte, Elmire l'envoie vérifier que personne ne se trouve dans le couloir. Orgon sort enfin de sa cachette, accablé et furieux.
Lorsque Tartuffe revient, Orgon lui ordonne de quitter la maison. Mais l'imposteur, avec une audace glaçante, lui rappelle que la donation est signée : c'est Orgon qui se trouve chez Tartuffe, et non l'inverse. Tartuffe menace et sort. Orgon, atterré, révèle à Elmire une inquiétude supplémentaire : il a confié à Tartuffe une cassette contenant des papiers compromettants — des documents liés à un ami impliqué dans des troubles politiques.
La famille réunie mesure l'ampleur du désastre. Orgon regrette amèrement sa crédulité. Damis veut recourir à la violence. Cléante prône la prudence. Madame Pernelle, revenue, refuse d'abord de croire à la perfidie de Tartuffe, retournant contre son fils les arguments qu'on lui avait opposés en vain — symétrie comique avec l'acte I.
Monsieur Loyal, huissier de justice, se présente à la porte avec un ordre d'expulsion : Tartuffe a fait valoir ses droits de propriétaire et la famille doit quitter les lieux dès le lendemain. Madame Pernelle se rend enfin à l'évidence. La situation semble sans issue.
Valère accourt avec une information alarmante : Tartuffe s'est rendu auprès du roi pour dénoncer Orgon en lui remettant la cassette compromettante. Valère offre à Orgon de l'argent et un moyen de fuir. Mais Tartuffe arrive lui-même, accompagné d'un exempt — un officier de police. Il triomphe et croit faire arrêter Orgon. Le retournement final survient alors : l'exempt annonce que l'ordre du roi ne vise pas Orgon mais Tartuffe. Le prince, éclairé et juste, a reconnu en Tartuffe un imposteur déjà recherché sous un autre nom pour divers méfaits. Le roi pardonne à Orgon sa compromission passée en considération de ses services anciens, annule la donation extorquée et ordonne l'arrestation de Tartuffe.
La pièce s'achève sur le soulagement de la famille. Orgon, désabusé, promet de rendre hommage à la bonté du souverain, et le mariage de Valère et Mariane peut enfin être célébré.