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Tartuffe
Classicisme Prose Bac Section 15 / 18

Le pouvoir et l'autorité patriarcale

Thèmes & motifs · Molière
Claire Beaumont
4 min de lecture · 19 June 2026

Dans Tartuffe (1664-1669), Molière place au cœur de l'intrigue un père de famille — Orgon — dont l'autorité patriarcale, en principe légitime, devient l'instrument d'une tyrannie domestique. La pièce ne condamne pas le pouvoir du père en soi ; elle montre comment ce pouvoir, dévoyé par la crédulité et la passion religieuse, écrase ceux qu'il devrait protéger. L'autorité patriarcale est ainsi le terrain sur lequel se joue la grande question de la pièce : qu'est-ce qu'un pouvoir juste ?

Un père maître absolu de sa maison

Dès les premières scènes, Orgon s'impose comme une figure d'autorité totale sur sa maisonnée. Il peut décider seul du mariage de sa fille Mariane — promise à Valère, un jeune homme qu'elle aime — et prétend lui imposer Tartuffe, l'imposteur dévot qu'il héberge et vénère. La scène du face-à-face entre Orgon et Mariane (acte II, scène 1) est à cet égard révélatrice : le père ne demande pas l'avis de sa fille, il lui signifie sa décision. Mariane, réduite au silence par la déférence filiale, incarne la vulnérabilité de ceux qui sont soumis à un pouvoir sans recours.

Cet absolutisme domestique s'exprime aussi dans le traitement réservé au reste de la famille. Orgon balaie les objections de son fils Damis, celles de sa femme Elmire et celles de sa mère Madame Pernelle avec la même condescendance. Sa célèbre réplique sur Tartuffe à l'acte I, scène 5 — Et je le verrais frère, enfants, mère et femme / Que je m'en soucierais autant que de cela — traduit une cécité affective totale : la dévotion à l'imposteur a pris la place de tous ses liens naturels. La formule est frappante parce qu'elle retourne le devoir du père : au lieu de protéger les siens, Orgon les sacrifierait volontiers.

L'autorité corrompue par la manipulation

Tartuffe comprend immédiatement que le moyen le plus sûr d'accéder au pouvoir est de s'emparer de la confiance d'Orgon. En feignant la dévotion, il exploite l'autorité patriarcale de l'intérieur : Orgon lui cède la tutelle de sa fille, lui fait donation de ses biens (acte IV) et le désigne même comme seul héritier. L'acte de donation, évoqué au fil de la pièce et confirmé à l'acte IV, scène 1, est le moment le plus grave : le père, au nom de sa foi aveugle, dessaisit sa propre famille de son patrimoine. L'autorité se retourne contre sa fonction première — transmettre et protéger.

La raison contre la tyrannie : Cléante comme contre-modèle

Face à Orgon, le beau-frère Cléante représente le rationalisme classique. Ses tirades — notamment à l'acte I, scène 5, où il distingue les vrais dévots des faux — ne sont pas seulement une leçon de théologie : elles proposent un modèle d'autorité fondé sur la mesure et le discernement. Molière suggère ainsi qu'un bon père, comme un bon prince, doit gouverner par la raison, non par la passion.

La résolution royale : l'autorité légitime restaurée

Le dénouement, où l'envoyé du roi démasque Tartuffe et rétablit l'ordre, n'est pas un simple artifice dramaturgique. Il pose que la seule autorité vraiment légitime est celle qui agit pour le bien commun avec lucidité — qualités qu'Orgon n'a pas su exercer. La pièce ne détruit pas le principe d'autorité ; elle en reformule les conditions : commander est un droit qui s'accompagne d'une responsabilité envers ceux que l'on gouverne.

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