clairelit.fr clairelit
Progression
0 / 18
Lettres persanes
Lumières Prose Bac Section 6 / 18

Roxane - Analyse du personnage

Personnages · Montesquieu
Claire Beaumont
3 min de lecture · 21 May 2026

Dans Les Lettres persanes (1721), Montesquieu construit un dispositif d'ironie permanente : deux Persans, Usbek et Rica, observent l'Europe depuis Paris, tandis que le sérail qu'Usbek a laissé à Ispahan se désintègre lentement. Parmi ses femmes, Roxane occupe une place singulière. Elle est celle qu'Usbek aime le plus — précisément parce qu'il croit en elle ce qui n'a jamais existé.

Une vertu construite pour tromper

Usbek présente Roxane, dès les premières lettres qui lui sont consacrées, comme l'incarnation parfaite de la pudeur et de la fidélité. Sa résistance initiale aux avances de son maître avant le mariage est interprétée par ce dernier non comme un refus, mais comme une preuve de chasteté exemplaire. Montesquieu place ainsi dans le regard d'Usbek une erreur de lecture fondamentale : ce qu'il nomme vertu n'est que l'envers visible d'une liberté intérieure qu'il ne soupçonne pas. Le portrait élogieux que le maître du sérail trace de Roxane dit moins la vérité du personnage que les illusions du despote — premier signe que Les Lettres persanes sont un roman sur les fictions que le pouvoir se raconte à lui-même.

La révolte comme logique interne

Pendant la plus grande partie du roman, Roxane est silencieuse. Cette absence de lettres propres la rend d'autant plus redoutable : elle n'existe dans le texte qu'à travers les rapports des eunuques ou les épanchements d'Usbek, jamais par sa propre voix. Ce silence n'est pas passivité — c'est dissimulation stratégique. Lorsque la crise du sérail éclate et que les eunuques reprennent le contrôle par la violence, Roxane a déjà organisé une liaison secrète. Elle choisit l'amant, elle choisit le moment, elle choisit même la mort. Tout, dans son comportement final, témoigne d'une cohérence que le roman avait masquée sous des apparences contraires.

La lettre CLXI : une déclaration, pas un aveu

La dernière lettre de Roxane — la lettre CLXI — est le moment le plus intense du roman. Mourante après avoir absorbé du poison, elle écrit à Usbek non pour s'excuser mais pour l'instruire. Elle lui déclare qu'elle a réformé ses lois sur celles de la nature, et que son âme a toujours su se maintenir dans l'indépendance. Ces mots ne sont pas ceux d'une coupable : ils sont ceux d'une philosophe qui démonte, depuis l'intérieur même du sérail, le fondement de l'autorité despotique. La lettre retourne contre Usbek l'argument des Lumières qu'il a lui-même appris à Paris — la nature, la liberté, la loi morale — et lui montre qu'il en était, chez lui, le tyran.

Un personnage-clé du propos politique

Roxane n'est pas seulement une figure tragique : elle est l'instrument par lequel Montesquieu boucle la démonstration de l'œuvre. Le despotisme oriental, observé avec distance ironique par Usbek lui-même en Europe, se retourne contre son propre théoricien. Le sérail — métaphore du gouvernement arbitraire — ne peut se maintenir qu'en détruisant ce qu'il prétend protéger. En faisant de Roxane non une victime passive mais une actrice lucide de sa propre révolte, Montesquieu donne au féminisme avant la lettre une dignité philosophique : la résistance de Roxane n'est pas un désordre, c'est une réponse de la nature à la violence de la loi.

Quiz
Teste tes connaissances sur Lettres persanes
QCM · corrigé automatiquement
Commencer le quiz →
0 / 18