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Phèdre
Classicisme Prose Bac

Comment la passion de Phèdre pour Hippolyte est-elle révélée au spectateur dans Phèdre de Racine ?

Questions & réponses · Jean Racine
Claire Beaumont
5 min de lecture · 25 July 2026

Dans Phèdre (1677), Jean Racine met en scène l'amour criminel que ressent Phèdre — épouse de Thésée, roi d'Athènes — pour Hippolyte, le fils que son mari a eu d'une précédente union. Cet amour transgresse à la fois la loi morale et les liens du sang adoptif, ce qui en fait, aux yeux de la protagoniste elle-même, une passion maudite. Sa révélation au spectateur ne passe pas par un aveu unique et immédiat : Racine construit au contraire une dramaturgie du secret progressivement dévoilé.

Le secret avant la pièce : une passion déjà là

Dès la première scène de l'acte I, Hippolyte confie à son gouverneur Théramène qu'il souhaite quitter Trézène. Il évoque en passant la présence de Phèdre, décrite comme une belle-mère hostile, sans que le spectateur comprenne encore l'enjeu véritable. Ce départ annoncé crée d'emblée une tension : quelque chose pèse sur les personnages sans que sa nature soit nommée. Racine installe ainsi un climat de malaise avant même que Phèdre n'entre en scène.

Lorsque Phèdre paraît enfin (acte I, scène 3), son apparition physique est en elle-même un signal dramatique fort : elle arrive épuisée, à peine capable de se tenir debout, fuyant la lumière du soleil. Ce corps défaillant est le premier langage de la passion. Phèdre évoque sa lassitude, ses membres brisés, sans nommer la cause de son mal — et c'est précisément cette réticence qui éveille la curiosité du spectateur.

La confession à Œnone : l'aveu indirect (acte I, scène 3)

C'est sous la pression de sa nourrice et confidente Œnone que Phèdre finit par nommer son tourment. Cet aveu à la confidente est un procédé classique chez Racine : il permet de révéler au spectateur ce que le personnage ne pourrait dire en public sans que la situation dramatique le justifie. Phèdre désigne d'abord Hippolyte de manière oblique, en évoquant le fils de l'Amazone avant de prononcer son nom, comme si le simple fait de le nommer constituait déjà une faute.

Le récit qu'elle fait de la naissance de sa passion est particulièrement élaboré : elle décrit le moment où elle a vu Hippolyte pour la première fois à Athènes, comment le trouble l'a saisie, comment elle a tenté de lutter en lui élevant un temple, en lui offrant des sacrifices — autant d'actions qui trahissaient, sous couvert de piété, l'objet véritable de son obsession. Ce récit rétrospectif est capital : il montre que la passion existe depuis longtemps, qu'elle a résisté, qu'elle a même failli disparaître lorsque Thésée l'a éloignée de Trézène. La fausse guérison passée rend d'autant plus tragique le retour du mal.

L'aveu direct à Hippolyte : le nœud tragique (acte II, scène 5)

La révélation la plus spectaculaire intervient à l'acte II, scène 5, lors de l'entrevue entre Phèdre et Hippolyte. Apprenant la supposée mort de Thésée, Phèdre est venue plaider la cause de son fils Aricie — ou du moins c'est le prétexte — mais la proximité d'Hippolyte fait s'effondrer toute retenue. L'aveu sort d'abord déguisé : Phèdre dit aimer Thésée tel qu'il était autrefois, jeune et ardent, pour aussitôt glisser vers une description qui correspond trait pour trait à Hippolyte. Le glissement est progressif, presque involontaire, avant que la déclaration ne devienne explicite.

Racine exploite ici l'ambiguïté du discours amoureux : Phèdre parle de Thésée, mais décrit Hippolyte. Le spectateur, qui sait déjà tout depuis l'acte I, mesure avec une acuité douloureuse l'instant où le masque tombe. Hippolyte, saisi d'horreur, recule — et c'est précisément ce recul qui parachève la révélation en rendant la transgression visible pour tous les personnages présents.

La honte comme moteur dramatique

Ce qui rend la révélation de cette passion si originale dans la tragédie racinienne, c'est qu'elle est indissociable de la honte. Phèdre ne revendique pas son amour : elle le subit, le juge, le condamne. Elle se désigne elle-même comme coupable avant même que quiconque l'accuse. Cette lucidité sur sa propre faute — héritée en partie de la culpabilité janséniste qui imprègne l'œuvre de Racine — transforme chaque aveu en acte d'autodestruction. Révéler sa passion, pour Phèdre, c'est simultanément se condamner.

Le spectateur se trouve ainsi dans une position particulière : informé dès l'acte I, il assiste moins à une découverte qu'à une inexorable descente. La passion n'est pas révélée comme une surprise, mais comme une fatalité que l'on regarde s'accomplir — ce qui est précisément le ressort de la terreur et de la pitié aristotéliciennes que Racine revendique dans sa préface.

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