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Phèdre
Classicisme Prose Bac

Pourquoi Phèdre accuse-t-elle faussement Hippolyte auprès de Thésée dans la pièce de Racine ?

Questions & réponses · Jean Racine
Claire Beaumont
4 min de lecture · 2 August 2026

Dans Phèdre de Racine (1677), la fausse accusation portée contre Hippolyte — fils de Thésée, né d'une précédente union — est l'un des nœuds tragiques de la pièce. Pour en comprendre les ressorts, il faut remonter à la chaîne de causes qui mène Phèdre, épouse de Thésée, du désir inavouable à la calomnie.

Le contexte : un aveu qui se retourne contre Hippolyte

Au début de la pièce, Thésée est absent et cru mort. Phèdre, rongée par une passion coupable pour son beau-fils Hippolyte, finit par lui déclarer son amour — aveu arraché par le désespoir et habilement manœuvré par Œnone, sa nourrice et confidente. Hippolyte repousse Phèdre avec horreur. C'est précisément à ce moment que Thésée réapparaît vivant, bouleversant la situation : Phèdre se retrouve face à son mari, avec le souvenir brûlant d'un aveu que rien ne peut effacer.

Le rôle décisif d'Œnone

La calomnie ne naît pas directement de Phèdre, mais d'Œnone. La nourrice, dont la dévotion à sa maîtresse confine à l'aveuglement moral, propose une solution aussi radicale qu'infâme : devancer une éventuelle dénonciation d'Hippolyte en l'accusant, elle la première, d'avoir tenté de séduire Phèdre. Œnone se charge elle-même de porter ce mensonge à Thésée. Son argument est celui de la survie : si Phèdre se laisse mourir de honte, à quoi aura servi toute une vie de dévouement ? Cette logique du sacrifice — sacrifier l'innocent pour sauver la coupable — est présentée par Racine comme une faute grave, et Œnone en sera châtiée.

La jalousie comme déclencheur

Un élément aggrave la passivité de Phèdre face au mensonge d'Œnone : la jalousie. Thésée, furieux, exile Hippolyte — mais ce dernier, avant de partir, révèle à Phèdre qu'il aime Aricie, une jeune princesse athénienne. Cette révélation blesse Phèdre d'une jalousie nouvelle et féroce. Elle qui aurait pu encore sauver Hippolyte en avouant la vérité à Thésée se retrouve paralysée, voire secrètement satisfaite dans un premier temps de voir son rival en amour condamné. Racine montre ici comment la passion avilissante détruit jusqu'à la capacité de faire le bien.

Le silence de Phèdre : une faute en soi

Phèdre sait que l'accusation est fausse. Elle pourrait parler. Mais elle se tait — d'abord paralysée par la honte, ensuite brièvement retenue par la jalousie. Ce silence n'est pas de l'innocence : dans la tragédie racinienne, ne pas empêcher une injustice quand on le peut revient à en être l'auteur. C'est ce que Phèdre elle-même reconnaît dans les derniers actes de la pièce, lorsque la culpabilité devient insupportable.

L'aveu final et la logique tragique

Lorsqu'elle apprend la mort d'Hippolyte — tué par les flots à la suite de la malédiction que Thésée a lancée contre lui en invoquant Neptune —, Phèdre ne peut plus se taire. Elle avoue tout à Thésée avant de mourir empoisonnée. Cet aveu tardif, qui rétablit l'honneur d'Hippolyte mais ne peut plus le sauver, est au cœur de la mécanique implacable de la tragédie : la vérité arrive toujours trop tard.

Ce que dit la pièce sur la responsabilité morale

Racine distribue la faute avec une précision remarquable. Œnone est l'instrument actif du mensonge ; Phèdre en est la bénéficiaire passive et complice. Mais la pièce ne disculpe pas Phèdre pour autant : sa passion, en se laissant aller, a créé les conditions dans lesquelles Œnone a pu agir. La tragédie classique fonctionne ainsi — non par un seul coupable désigné, mais par une chaîne de faiblesses humaines où chaque personnage porte sa part d'ombre.

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