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Le Malade imaginaire
Classicisme Prose Bac

Quel rôle joue la cérémonie burlesque finale dans Le Malade imaginaire de Molière ?

Questions & réponses · Molière
Claire Beaumont
4 min de lecture · 23 August 2026

Au terme du Malade imaginaire (1673), dernière comédie-ballet de Molière, la pièce ne se clôt pas sur un mariage ou une réconciliation familiale ordinaire, mais sur une cérémonie en latin de cuisine au cours de laquelle Argan — le bourgeois hypocondriaque au cœur de l'intrigue — est intronisé médecin par une assemblée de docteurs bouffons. Cette séquence constitue le troisième intermède, qui suit directement le dénouement de l'action dramatique, et fonctionne sur plusieurs niveaux simultanément.

Un dénouement paradoxal : la folie comme solution

La pièce pose dès le départ un problème : comment délivrer Argan de son obsession maladive et, par là, empêcher le mariage qu'il projette entre sa fille Angélique et le médecin Thomas Diafoirus ? Le confident Béralde, frère d'Argan, propose une solution inattendue et délibérément absurde — puisqu'Argan veut à tout prix avoir un médecin dans sa famille, autant le faire médecin lui-même. La cérémonie burlesque ne guérit pas la maladie imaginaire ; elle la transforme en ressource. Molière suggère ainsi que la comédie résout les conflits non pas en éliminant les manies, mais en les retournant contre elles-mêmes.

Une parodie de rituel académique

La cérémonie mime, en les déformant, les rituels solennels de réception en usage dans les facultés de médecine. Les « docteurs » en robe et bonnet déclament un latin parodique mêlé de français et d'inventions grotesques. Les questions posées à Argan portent, sur un ton grave, sur des remèdes universellement simplistes — la purge et la saignée revenant comme une litanie. Ce geste parodique est au cœur de la satire moliéresque : en réduisant le savoir médical à une formule répétée mécaniquement, Molière dénonce le charlatanisme et le dogmatisme d'une profession qui, de son temps, s'appuie davantage sur l'autorité d'Aristote et de Galien que sur l'observation clinique. Les médecins de la pièce — dont les frères Diafoirus, père et fils, constituent la cible la plus précise — incarnent une science figée dans le rituel et le jargon, imperméable à toute réalité du corps souffrant.

La fête comme espace de liberté comique

L'intermède final dépasse le cadre de la comédie parlée pour s'ouvrir sur la danse, le chant et le spectacle. En tant que comédie-ballet, genre que Molière développa en collaboration avec le compositeur Marc-Antoine Charpentier pour cette pièce et avec Lully pour les précédentes, Le Malade imaginaire intègre des intermèdes musicaux qui constituent un monde à part, celui de la fête pure. La cérémonie burlesque finale est aussi une célébration collective : tous chantent et dansent autour d'Argan nouvellement « reçu docteur ». Cette dimension festive suspend le temps dramatique et convoque le spectateur dans une liesse partagée qui est, en elle-même, une réponse à la maladie et à l'angoisse de mort qui traverse toute la pièce.

Un miroir tendu au théâtre lui-même

Il est significatif que Molière, qui incarnait lui-même le rôle d'Argan et qui mourut peu après la quatrième représentation, soit « fait médecin » dans cette scène finale. On y perçoit une réflexion sur la nature même du jeu théâtral : jouer un rôle suffit-il à en acquérir le pouvoir ? La cérémonie pose la question de la performativité — le titre et le costume confèrent-ils la compétence ? — et répond par le rire. En montrant qu'un simulacre de rituel peut « fonctionner » aussi bien que le vrai, Molière met à nu le caractère conventionnel de toutes les institutions sociales, médicales comme théâtrales. Le théâtre, lui aussi, donne du pouvoir à celui qui en joue les codes.

Une conclusion qui refuse la clôture sérieuse

Là où la tragédie classique se ferme sur la mort ou la révélation d'une vérité terrible, la comédie-ballet s'ouvre sur le divertissement et l'éclat de rire collectif. La cérémonie burlesque finale est ainsi l'image condensée de toute la poétique de Molière : instruire en plaisant, castigat ridendo mores, corriger les mœurs par le rire — non pas en prêchant, mais en faisant danser les médecins en latin de cuisine autour d'un malade qui ne l'a jamais été autant qu'en bonne santé.

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