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Tartuffe
Classicisme Prose Bac Section 19 / 19

Le masque et les apparences

Thèmes & motifs · Molière
Claire Beaumont
4 min de lecture · 12 July 2026

Dans Tartuffe ou l'Imposteur (1664-1669), Molière place la tromperie au cœur même du titre : le mot « imposteur » désigne celui qui se donne une fausse apparence. Le masque n'est pas un accessoire secondaire de la pièce — il en est le principe organisateur. Tartuffe ne peut exister que parce que certains personnages choisissent, consciemment ou non, de croire à son apparence de dévotion.

Un imposteur introduit avant même d'entrer en scène

La construction dramaturgique est elle-même une leçon sur les apparences. Tartuffe n'apparaît qu'à l'acte III, mais la pièce s'ouvre sur son portrait contradictoire : Dorine et Cléante le décrivent comme un hypocrite flagrant, tandis qu'Orgon, le maître de maison aveuglé par une admiration quasi mystique, en parle comme d'un saint. Ce décalage entre les perceptions installe d'emblée la question centrale : comment un même homme peut-il sembler si différent selon les yeux qui le regardent ? Molière suggère que le masque ne tient que grâce à la complicité inconsciente de celui qui le contemple.

La rhétorique du faux dévot

Lorsque Tartuffe paraît enfin (acte III, scène 2), sa première réplique — adressée à Dorine, à qui il tend un mouchoir pour qu'elle couvre sa gorge — est un chef-d'œuvre de mise en scène de soi. Le geste se veut austère et pudique, mais il est surtout calculé : Tartuffe sait qu'il est observé, et chaque attitude est une performance destinée à entretenir sa réputation de vertu. La langue qu'il emploie, émaillée de formules pieuses et d'humilité affichée, est précisément ce que Cléante, voix de la raison classique, dénonce à l'acte I : la vraie dévotion n'a pas besoin de s'exhiber.

La scène du cache et la vérité arrachée

La scène de la table (acte IV, scène 5) est le moment le plus spectaculaire du dévoilement. Orgon, caché sous la table sur conseil d'Elmire — son épouse que Tartuffe courtise —, assiste en direct aux avances que l'imposteur fait à sa femme. La mise en scène est symboliquement parfaite : c'est seulement en se dissimulant lui-même qu'Orgon peut enfin voir la vérité. Molière suggère ainsi que l'apparence ne cède pas devant les discours ni les avertissements ; il faut une expérience directe, presque physique, pour briser l'illusion.

Le masque comme miroir de la crédulité sociale

Tartuffe ne serait rien sans Orgon. C'est là que réside la portée morale de la pièce : le masque prospère parce que la société bourgeoise du XVIIe siècle valorise les signes extérieurs de piété au point de les confondre avec la piété elle-même. Orgon va jusqu'à vouloir marier sa fille Mariane à Tartuffe et à déshériter son fils Damis pour défendre l'imposteur. La démesure de cet aveuglement n'est pas seulement comique — elle est inquiétante. Molière, lui-même attaqué par les dévots de la Compagnie du Saint-Sacrement, vise une forme d'hypocrisie institutionnalisée.

Le dénouement ou les limites du masque

La chute de Tartuffe, rendue possible par l'intervention royale — un deus ex machina délibéré —, ne constitue pas un triomphe de la lucidité humaine sur l'imposture. Le masque n'est pas arraché par la raison des personnages, mais par le pouvoir du roi, présenté comme omniscient. Ce choix final dit quelque chose d'amer : dans le monde réel de la comédie, la vérité sur les apparences ne se révèle pas d'elle-même. Il faut une autorité supérieure pour la faire valoir.

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