clairelit.fr clairelit
Progression
0 / 20
Tartuffe
Classicisme Prose Bac

En quoi Tartuffe de Molière peut-il être lu comme une critique de la fausse dévotion plutôt que de la religion elle-même ?

Questions & réponses · Molière
Claire Beaumont
4 min de lecture · 13 October 2026

Lorsque Tartuffe est créé en 1664, la pièce provoque un scandale immédiat : les dévots obtiennent son interdiction pendant cinq ans. Pourtant, Molière ne cesse de répéter, dans ses préfaces successives, que sa cible n'est pas la religion mais bien ceux qui en portent le masque. Lire la pièce attentivement confirme cette intention : tout le dispositif dramatique est construit pour discréditer l'hypocrisie, non la foi.

Tartuffe, un personnage de la simulation

Dès sa conception, Tartuffe — imposteur religieux qui s'est introduit dans la maison du bourgeois Orgon et y exerce une emprise totale sur ce dernier — est présenté comme un acteur conscient de son rôle. Il ne croit pas ce qu'il professe : il performe la dévotion pour en tirer des avantages matériels et sociaux. Ce calcul transparaît dans les scènes où il est en aparté ou surpris à son insu. Quand Damis, le fils d'Orgon, se cache et l'entend déclarer sa flamme à Elmire, l'épouse de son bienfaiteur, le spectateur découvre que la piété affichée n'est qu'un voile sur le désir et la cupidité.

Le langage que Tartuffe emploie est lui-même révélateur : il retourne les formules de la dévotion pour les mettre au service de la séduction. Lors de la scène de la déclaration à Elmire (acte III, scène 3), il justifie son désir en invoquant le ciel, comme si le sacré pouvait bénir ses convoitises. Ce détournement du discours religieux — et non le discours religieux lui-même — est ce que Molière soumet au ridicule.

Cléante, voix de la vraie dévotion

Pour s'assurer que le spectateur ne confonde pas l'imposteur avec le croyant sincère, Molière place dans la pièce un personnage de référence morale : Cléante, beau-frère d'Orgon. Dès l'acte I, Cléante développe longuement la distinction entre les vrais et les faux dévots. Il décrit les premiers comme des hommes dont la piété est discrète, agissante et désintéressée, et s'oppose ainsi point par point au portrait de Tartuffe. Cette tirade n'est pas anecdotique : elle constitue le cadre interprétatif que Molière offre à son public. La religion authentique y est explicitement valorisée ; c'est son contrefaçon qui est condamnée.

Cléante revient d'ailleurs à plusieurs reprises pour raisonner Orgon, dont l'aveuglement n'est pas présenté comme une conséquence de la foi mais d'une crédulité excessive face aux apparences. Orgon n'est pas un homme pieux trompé par la religion : il est un homme faible trompé par un simulacre de religion.

L'hypocrisie comme crime social

La structure même de la pièce insiste sur les conséquences concrètes, juridiques et familiales, de l'imposture. Tartuffe finit par détenir une donation de tous les biens d'Orgon et un coffret compromettant qui pourrait envoyer ce dernier en prison. Le danger qu'il représente est d'ordre politique et moral, non théologique. Molière met en scène la manière dont l'hypocrisie religieuse peut désintégrer une famille, confisquer un patrimoine et retourner la justice contre l'innocent.

La résolution de la pièce est d'ailleurs significative : c'est le pouvoir royal — et non une figure ecclésiastique — qui dénoue l'intrigue en démasquant Tartuffe et en restituant ses biens à Orgon. L'ordre est rétabli par la raison d'État, ce qui suggère que le remède à l'hypocrisie est avant tout une vigilance civique et rationnelle.

Les préfaces comme paratexte défensif

Molière accompagne les éditions successives de la pièce de préfaces où il s'explique avec une précision inhabituelle. Il y affirme que rien n'est plus contraire à la vraie piété que de la laisser confondre avec sa contrefaçon, et que dénoncer les hypocrites, c'est rendre service à la religion elle-même. Cet argument — la critique de la fausse dévotion comme acte de défense de la vraie foi — est cohérent avec ce que la pièce montre effectivement sur scène. La satire n'est pas anticléricale ; elle est, dans l'esprit de Molière, une purification du religieux par le rire.

Quiz
Teste tes connaissances sur Tartuffe
QCM · corrigé automatiquement
Commencer le quiz →
0 / 20