Le dénouement de Tartuffe (1669) se situe à l'acte V et constitue l'un des dénouements les plus discutés du théâtre classique français. Pour en comprendre toute la portée, il faut revenir aux mécanismes qui ont mis Orgon dans une situation désespérée.
Tout au long de la pièce, Orgon — riche bourgeois parisien, père de famille et chef de maison — a accordé une confiance aveugle à Tartuffe, imposteur religieux qu'il a recueilli chez lui. Cette confiance l'a conduit à prendre deux décisions catastrophiques : il a signé une donation qui transfère légalement l'ensemble de ses biens à Tartuffe, et il lui a confié une cassette contenant des papiers compromettants appartenant à son ami Argas, un homme impliqué dans des affaires politiques délicates.
Lorsque le masque de Tartuffe tombe enfin — notamment grâce à la scène où Elmire, l'épouse d'Orgon, pousse l'hypocrite à se révéler tandis qu'Orgon l'observe caché sous une table — il est déjà trop tard sur le plan juridique. Tartuffe, fort de la donation en bonne et due forme, ordonne à Orgon de quitter sa propre maison. Pis encore, il se rend chez les autorités pour dénoncer Orgon grâce aux papiers de la cassette, retournant ainsi contre son bienfaiteur les armes que celui-ci lui avait confiées.
C'est à ce moment, au dénouement de l'acte V, qu'intervient un officier royal accompagné d'un exempt (représentant de l'autorité du Roi). Le spectateur s'attend à voir Orgon arrêté. Or, c'est Tartuffe qui est appréhendé. L'officier explique que le Roi, monarque éclairé et juste, a lui-même percé à jour l'imposture. Non seulement il reconnaît en Tartuffe un scélérat déjà connu des autorités sous d'autres noms et d'autres méfaits, mais il annule également la donation et restitue à Orgon ses biens. Quant à la cassette compromettante, le Roi choisit d'ignorer son contenu, accordant ainsi sa grâce à Orgon pour sa fidélité passée à la couronne.
Ce dénouement a souvent été analysé comme un deus ex machina — un procédé hérité du théâtre antique où une intervention extérieure, divine ou royale, vient résoudre une situation que les personnages ne peuvent dénouer par eux-mêmes. Ici, la famille d'Orgon, malgré ses avertissements répétés (Dorine la servante, Cléante le beau-frère, Damis le fils), n'a jamais pu convaincre le maître de la maison. La raison humaine a échoué là où l'autorité royale réussit.
Ce choix dramaturgique n'est pas anodin : Molière, dont la pièce avait été interdite à deux reprises avant sa version définitive de 1669, place Louis XIV en garant suprême de l'ordre moral et social. Le Roi incarne la lucidité que le père de famille aveuglé par la dévotion n'a pas su exercer. C'est une façon habile, pour Molière, de remercier son protecteur tout en affirmant que la vraie religion n'a rien à craindre de la satire de l'hypocrisie.
Au-delà du sauvetage matériel d'Orgon, le dénouement restaure l'ensemble de l'ordre comique : le mariage de Mariane — fille d'Orgon que son père voulait donner à Tartuffe — avec Valère, son prétendant légitime, peut enfin avoir lieu. La hiérarchie naturelle de la maison est rétablie. Elmire retrouve son statut d'épouse respectée. Même Madame Pernelle, mère d'Orgon et dernière défenseure de Tartuffe, est contrainte de reconnaître l'imposture.
Le dénouement de Tartuffe fonctionne donc à plusieurs niveaux simultanément : résolution dramatique par l'arrestation du coupable, leçon morale sur les dangers de la fausse dévotion, et geste politique d'allégeance à un pouvoir royal présenté comme seul capable de distinguer le vrai du faux là où les simples mortels échouent.